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Tribune - Pourquoi Sibyle Veil, PDG de Radio France, prive-t-elle une start-up 100% française de son contenu ?

Rédigé par Pierre Denis - Tootak le Mardi 4 Juin 2019 à 11:00 | modifié le Mardi 4 Juin 2019 à 16:14



Dans un tribune que nous publions, Pierre Denis, président et fondateur de Tootak, une application française de contenus audio non musicaux, dénonce la politique de Radio France en matière de distribution de ses contenus, notamment des podcasts.


Pierre Denis, fondateur de Tootak, application de l'audio non musicale financée sur les fonds propres des fondateurs français, se voit privé de l'accès au contenu de Radio France alors que les multinationales étrangères le proposent aux auditeurs.
Pierre Denis, fondateur de Tootak, application de l'audio non musicale financée sur les fonds propres des fondateurs français, se voit privé de l'accès au contenu de Radio France alors que les multinationales étrangères le proposent aux auditeurs.

Le 13 mai 2019, face aux acteurs du monde culturel et audiovisuel français - confrontés à la concurrence féroce des géants américains et chinois -, le président de la République rappelait sa volonté et celle de son gouvernement de voir le secteur se développer autour d'un plan de bataille commun : "si nous n'arrivons pas à nous organiser collectivement, nous, Français, cette bataille est perdue ! "
Malgré cet appel clair d’Emmanuel Macron à la collaboration entre les acteurs de l’écosystème français, Tootak, une start-up 100% française, première application de l'audio non musicale lancée au mois de janvier 2019 (replay radio, podcasts et bientôt les livres audio) financé sur les fonds propres de ses fondateurs, est sommée, sans proposition alternative, de retirer tous les contenus audio de Radio France de son interface alors que toutes les multinationales étrangères continuent de les proposer à leurs auditeurs.

Pourquoi ? Tootak propose de l’audio à la demande en accès gratuit, sans publicité et exclusivement à partir des flux RSS des éditeurs, c'est-à-dire en écoute directe, sans altération ou détournement de l’audience. Tootak propose, de plus, un travail de curation, d’éditorialisation et de mise en valeur des contenus audio qui correspond à l’attentes des auditeurs particulièrement sous l’angle de la découverte, de la nouveauté. Tootak commercialisera uniquement des services annexes, en option.

Aujourd’hui la politique de distribution de Radio France n’est pas claire. Soit Radio France décide de conserver l’exclusivité sur la diffusion de ses contenus (pourquoi pas) mais dans ce cas aucune des grandes plateformes ne devrait y avoir accès, ce n’est absolument pas le cas aujourd’hui. Toutes les plateformes internationales proposent du contenu produit par Radio France ; soit la Maison de la Radio ouvre l’accès à ses contenus (sous conditions) à d’autres plateformes de diffusion, mais dans ce cas la concurrence doit s’exprimer librement et chacun doit pouvoir postuler et négocier un contrat de distribution. Ce n’est pas non plus le cas. 

Sibyle Veil, Présidente de Radio France - dans une tribune publiée par le journal Le Monde datée du 12 avril 2019 -, appelle au décloisonnement de l’offre des médias en ligne et propose une stratégie de service public en trois points, résumée ici : 
  • Les éditeurs doivent conserver la main sur la diffusion de leurs contenus, 
  • Les plateformes dites d'agrégations sont indispensables pour attirer un jeune public,
  • L'Europe doit se saisir de ce dossier (sans que l'on comprenne bien le cadre de cette intervention),
Ce faisant, Sibyle Veil tire les conclusions largement partagées de l'expérience de ces dix dernières années sur le marché de la vidéo en ligne où les diffuseurs ont partiellement pris le pouvoir sur les éditeurs. La présidente de Radio France milite pour que ce scenario ne se reproduise pas dans le secteur de l'audio à la demande. C’est à la fois compréhensible et légitime, mais la comparaison s'arrête là.

Aujourd'hui, le contenu audio une fois diffusé est massivement oublié. Les moins de 30 ans se désengagent des radios traditionnelles, l'accès à l'audio de qualité est d'une anormale complexité. Il est vrai que le contenu audio est encore mal mis en valeur, à partir d’applications qui sont des bibliothèques de contenus basiques sans aucun service ou valeur ajoutée. 

Le travail de curation à réaliser est à la fois passionnant et colossal. L’ensemble des contenus audio à disposition en ligne sont d'une grande richesse et ne demandent qu’à sortir des oubliettes. Ils méritent d’être mieux mis en valeur et diffuser plus largement de manière à attirer la curiosité et l'envie de découverte des auditeurs. 

Plusieurs startups françaises se sont lancées sur ce nouveau marché, dont Tootak en février 2019, en prenant le parti de travailler les contenus audio de manière qualitative avec un réel travail d’éditorialisation, mais elles se heurtent à un mur : Radio France, dont la politique de distribution et d’accès à ses contenus n’est pas claire. Tout ceci au bénéfice des géants du net, qui encore une fois impose leur loi. 
Nous appelons au dialogue et à la clarification des conditions d’accès aux contenus audio du service public français.

Sibyle Veil, dans sa tribune publiée par Le Monde, prend acte du rôle indispensable des plateformes de diffusion auprès des jeunes mais elle prive, dans le même temps, les startups françaises de ces contenus en leur interdisant la diffusion ; alors que TOUTES les entreprises internationales d’audio à la demande ont, d’une manière ou d’une autre, accès aux contenus produits et diffusés par Radio France. L'exception de Google podcast ne saurait masquer la diffusion des émissions de Radio France sur YouTube.
Aujourd’hui, nos auditeurs témoignent largement leur incompréhension. Pourquoi Tootak ne pourrait pas proposer l’écoute à la demande d’émissions de Radio France alors qu'Apple le peut, par exemple. 

Que pouvons-nous répondre ?

 
Que le service public français privilégie les multinationales étrangères ? Alors que sa mission est également d'assurer une diffusion large auprès de toutes les tranches de la population ? Ce sont précisément nos plateformes qui assurent en partie ce relai.
Qu'Apple pèse trop lourd dans l'audience pour que Radio France puisse s'en passer ? Ou alors qu’il est impossible à la Maison de la Radio de leur en interdire l’accès, alors qu’il est plus simple de contraindre des startups françaises ? 
Que Radio France pense probablement conquérir et fidéliser les auditeurs de moins de 30 ans, seul dans son coin, sans aucun partenaire de diffusion sur la toile ? Nous pensons que cette position constituerait une erreur, à l’encontre de la réalité́ de la consommation de médias en ligne d'aujourd'hui. 
 
Cette situation discriminatoire d'accès au contenu audio conduit à fausser la concurrence sur le marché du podcast alors que Radio France cumule les qualités d'éditeurs, de diffuseur et de distributeur. 

Aucun élément objectif ne justifie ce traitement différencié. Tootak, 1ère application française de l'audio non musicale propose une expérience utilisateur sans égale. Nous avons dit et écrit, que nous étions prêts à partager des revenus, à partager de la data, à respecter toutes les conditions du cahier des charges de Radio France, si tant est qu’il y en ait un ; bref à faire un travail complémentaire au service public, de qualité, en toute transparence et en bonne intelligence. Notre modèle technologique, chez Tootak, garantit aux éditeurs l’intégrité de leur audience. Notre modèle économique (en accès gratuit et sans publicité) garantit quant à lui, aux éditeurs le respect des auditeurs. 
 

Dés lors, pourquoi Tootak - lancée en janvier 2019 -, précurseur sur le marché de l’audio parlé à la demande, innovateur et fer de lance d'une conquête du marché européen, (au même titre que Majelan, la nouvelle plateforme fondée par Mathieu Gallet et lancée cette semaine), sommes-nous ainsi ostracisés ? Quel avenir pour les créateurs français si notre pays est incapable de leur donner accès au grand public et de développer la nouvelle industrie de l'audio qui est déjà mature aux Etats-Unis ? 
Le service public français doit-il (même involontairement) continuer de jouer le jeu des multinationales étrangères au détriment des entrepreneurs français ? Nous espérons que non.

Pierre Denis
Fondateur et Président de Tootak



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