Brulhatour

La (difficile) découvrabilité des podcasts

Mercredi 15 Septembre 2021

Voilà un sujet qui n’est pas forcément abordé. C’est bien dommage. Il concerne la découvrabilté des podcasts. Ou l’art et la manière de découvrir des podcasts engageants, intéressants et, plus encore, qui répondent à vos choix, à vos goûts et à vos envies du moment, à vos envies dans l’instant.


On connaît tous cette douloureuse expérience qui consiste à passer beaucoup de temps à chercher le podcast qui répondra à nos envies et assouvira notre curiosité et notre appétit. On y consacre beaucoup d’énergie parce que ce n’est vraiment pas simple. Pourquoi ce n’est pas simple ? Parce que les outils à notre disposition ne sont pas encore suffisamment développés, on va dire élaborés, pour trouver vite fait bien fait, le podcast qui répond à tous nos critères et à nos aspirations.

C’est comme lorsque vous décidez de louer un film et de le regarder en streaming. L’offre, qui est souvent gargantuesque, devient naturellement un frein. Parce que le téléspectateur doit consacrer du temps, souvent plusieurs minutes, pour faire son choix. Et bien, dans le cadre de l’écoute d’un podcast, c’est le même processus : l’offre est tellement gigantesque que l’on ne sait pas vers quel podcast jeter son dévolu. Résultats : seuls les podcasts qui bénéficient d’une forte notoriété, c’est-à-dire d’un fort accompagnement, d'un imposant soutien médiatique, génèrent de l’audience. Les autres, la très grande majorité, passent sous les radars.

Tout cela a des conséquences désastreuses pour l’ensemble d’un marché, jeune marché qui est en train de structurer. Moins votre podcast génère de l’audience et moins il crée de l’engouement pour celui qui le porte (de la motivation si vous préférez, celle qui vous sert à le produire). Donc, plus l’engagement du podcasteur diminue et s’essouffle, plus celui-ci jette rapidement l’éponge. S’échanger la liste de ses podcasts préférés, les conseiller à ses amis, les partager sur ses réseaux sociaux est une solution mais, soyez-en sûrs, elle ne suffit pas et demeure un levier que l’on qualifiera d’epsilonesque.

Alors que faire ? D’abord, l’auditeur doit comprendre que ce n’est pas parce qu’un podcast génère de l’audience qu’il répond à ses goûts et à ses envies. C’est trop facile. Car à l’inverse, vous croiserez sur votre route d’auditeur des productions anecdotiques qui seront malgré tout, des podcasts qui répondront à vos attentes.
Dans le monde du podcast, et en particulier dans le monde complexe de l’auditeur, comme dans les pans d’une société civiilisée, il y a ce que l’on appelle une majorité silencieuse. Elle est toujours en attente d’évolutions. Ici, il s’agit d’évolutions techniques ou, on va dire, pour être plus précis, d’évolutions algorithmiques, qui lui permettraient d’écouter, encore davantage, des podcasts en accord avec ses choix. Et ça, c’est bon pour l’ensemble de l’industrie.

Enfin, pour que l’échange de podcasts fonctionne entre plusieurs individus (comme on le fait dans cette Room), il faut une condition sine qua non, indispensable, obligatoire, impérative : que ces individus appartiennent à la même communauté politique, philosophique, économique, sociale, sexuelle… à la même tribu, sinon ça ne fonctionne pas. C’est un peu comme les vidéos que l’on s’échange sur les réseaux sociaux ou sur les messageries. Si vous n’avez pas les mêmes affinités, les mêmes atomes crochus ou, a contrario, les mêmes antagonismes et les mêmes antipathies que ceux qui vous les envoient, ça ne fonctionne pas.

Vous le constatez en tant que producteur de podcasts, ou surtout en tant qu’auditeur de podcasts, il reste encore (beaucoup) de chemin à parcourir pour améliorer la découvrabilité des contenus issus des plateformes.
Pour illustrer mon propos, j’emprunterais une phrase à un ancien Premier ministre : "Notre route est droite, mais la pente est forte".


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