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Roch-Olivier Maistre au Paris Radio Show : "Plus que jamais, la radio doit avancer soudée"

Rédigé par le Mardi 6 Février 2024 à 14:05 | modifié le Mardi 6 Février 2024 à 14:05



Nour reproduisons in extenso le discours de Roch-Olivier Maistre, président de l'Arcom, discours d'ouverture prononcé ce mardi matin à 11h à La Bellevilloise à Paris à l'occasion de la première journée du Paris Radio Show.


Une salle comble ce mardi matin pour le discours de Roch-Olivier Maistre, président de l'Arcom. FM, DAB., EMI, Livre blanc, podcasts... le président n'a rien oublié des dossiers qui préoccupent le secteur de la radio et de l'audio digital
Une salle comble ce mardi matin pour le discours de Roch-Olivier Maistre, président de l'Arcom. FM, DAB., EMI, Livre blanc, podcasts... le président n'a rien oublié des dossiers qui préoccupent le secteur de la radio et de l'audio digital

Mesdames et messieurs,

Chers amis, chères radios,

Merci beaucoup pour votre invitation à intervenir en ouverture de ce rendez-vous incontournable pour toutes celles et tous ceux, et ils sont nombreux, qui s’intéressent et qui aiment la radio. J’en suis très honoré et surtout très heureux, car vous connaissez mon attachement personnel à ce média. Un média du quotidien, de la proximité et de la mobilité, un média d’information, de partage et de découverte ; fondamentalement, un média de l’intime et du cœur.

Les derniers chiffres de Médiamétrie confirment la place privilégiée qu’occupe la radio, plus de cent ans après ses débuts, dans notre paysage médiatique. Chaque jour, elle rassemble près de 40 millions d’auditeurs, dont près de 10 millions sur des stations locales. Tous les matins, près de la moitié des Français (44%) écoutent leur poste entre 6h et 9h : le pays se couche parfois avec la télévision ou les plateformes de vidéo à la demande, mais il se réveille avec vous ! Et vous parvenez, à une période où les usages se différencient fortement, à rassembler tous les publics, toutes les générations. Comme l’a montré le dernier baromètre de de l’Arcom sur l’équipement audiovisuel des Français, la quasi-totalité des individus de 13 ans et plus possèdent au moins un support permettant d’écouter la radio.

Au-delà d’un puissant attachement des Français à vos stations, ces chiffres soulignent surtout la formidable capacité d’adaptation et de réinvention – si j’osais, je serais presque tenté de parler de réarmement ! – de ce média, dont j’admire la résilience et la force.

Est-ce à dire que la radio ne traverse aucune difficulté ? Non, bien sûr. L’Arcom connaît vos défis et s’efforce de vous accompagner au mieux dans les profondes transformations qui affectent notre paysage médiatique.

Vous le savez, nous avons plaidé pour un accompagnement financier de l’Etat pendant la crise du Covid ; nous soutenons les initiatives pour rassembler les acteurs du secteur ; nous nous faisons le porte-voix, auprès de nos interlocuteurs gouvernementaux ou parlementaires, de vos attentes, par exemple concernant les mentions légales ; nous avons très tôt souligné l’importance d’un accompagnement public du déploiement de la radio numérique. Et nous venons de publier, la semaine dernière, une étude sur l’évolution du marché publicitaire pour les médias à horizon 2030, pour éclairer le débat public sur ce sujet prioritaire pour votre modèle économique. Nous avons en effet la conviction, alors que se profilent les élections européennes, que la question d’un meilleur partage de la ressource publicitaire entre géants du numérique et médias traditionnels de contenus devra impérativement être mise à l’agenda des travaux de la nouvelle Commission. Il y a là un enjeu de souveraineté, de préservation du pluralisme et de vitalité du débat démocratique

Nous connaissons en effet les défis structurels qui traversent les métiers de l’information. Enquête après enquête, nos concitoyens expriment leur méfiance envers les médias dits traditionnels ; ils disent être confrontés, plus souvent que par le passé, à de fausses informations, parfois orchestrées depuis l’étranger ; ils souffrent aussi d’un nouveau mal du siècle, la « fatigue informationnelle », en confiant se sentir impuissants et parfois dépassés par l’actualité. Dans ce contexte, l’éducation aux médias, à l’information et à la citoyenneté numérique, dans laquelle nombre de radios sont engagées, constitue une priorité pour nous tous et bien sûr pour le régulateur. L’Arcom a fait évoluer son organisation pour donner toute sa place à cet enjeu transversal et mobiliser nos antennes territoriales, qui sont vos interlocuteurs de proximité. Ces actions d’EMI rencontrent un vrai succès auprès des publics, et j’ai pu mesurer, au cours de mes nombreux déplacements en région, y compris outre-mer, l’engouement suscité en particulier par les radios scolaires.

Les évolutions technologiques, en diversifiant les supports d’écoute et les usages, transforment vos métiers. Aujourd’hui, plus de 9 millions de Français écoutent chaque jour la radio sur des supports numériques. C’est 40% de plus qu’il y a cinq ans. L’usage quotidien des enceintes connectées est également de plus en plus courant : il s’élève à 13%. Dans ce nouvel environnement numérique, la radio conserve une place de choix : elle demeure par exemple le premier support pour écouter et découvrir de la musique, malgré la concurrence des plateformes de streaming musical. L’audionumérique, en permettant d’attirer de nouveaux publics et d’inventer de nouveaux formats, est une chance pour le média radio.

Les podcasts en particulier, qu’ils soient natifs ou de rattrapage, rassemblent 20 millions d’auditeurs mensuels, et la moitié des 15-24 ans en écoutent chaque mois. Ils constituent ainsi un nouveau relai de croissance pour le secteur : la récente étude sur la publicité que j’ai mentionnée met ainsi en évidence un intérêt croissant des annonceurs pour ce format. L’Arcom s’intéresse de près à ces nouveaux usages audio et aux modèles économiques qui en découlent : c’est le sens de la création, avec le ministère de la culture, de l’observatoire des podcasts, qui a vocation à être utile aux radios, en fournissant des données objectives et un regard prospectif sur le secteur, autant qu’une enceinte de dialogue. Le festival Longueur d’ondes à Brest, qui se tiendra dans quelques jours, reviendra sur ses travaux.

Une autre innovation technologique ouvre de nouvelles perspectives pour le secteur que nous avons en partage : je veux bien sûr parler du déploiement de la radio numérique terrestre, le DAB+.

Nous en connaissons les avantages : un meilleur confort d’écoute, un paysage redynamisé, puisque la radio est un média d’offre, un impact environnemental plus faible que la bande FM ou l’écoute sur internet, l’absence de risque de désintermédiation pour les acteurs.

Depuis 2014, l’Arcom a franchi avec vous des étapes décisives dans le déploiement du DAB+, qui s’est accéléré ces derniers mois, en parallèle des échéances en FM. Entre octobre 2023 et mars 2024, près de 300 émetteurs supplémentaires auront été mis en service.

Au total, 110 multiplex sont autorisés en métropole, dont 2 métropolitains, 37 étendus et 65 locaux. Pas moins de 555 services sont autorisés et plus de 60% de la population métropolitaine devrait être couverte par cette norme de diffusion fin mars. L’outre-mer a de son côté l’autorisation de mener des expérimentations. C’est le cas en Martinique depuis janvier dernier et une vingtaine de radios nous ont adressé des demandes pour l’île de La Réunion.

La progression de la couverture s’accompagne d’une notoriété grandissante du DAB+, y compris auprès des pouvoirs publics, grâce à l’action de l’association de promotion et sous l’effet d’une campagne de communication active. Nous pouvons enfin, sur les réseaux sociaux, dans les couloirs du métro parisien et dans plusieurs grandes villes de l’hexagone, entendre parler de DAB+ ! Il faut s’en réjouir et poursuivre nos efforts collectifs pour aller plus loin, plus vite et plus fort auprès du grand public comme des relais d’opinion, qui incluent les distributeurs et les équipementiers.

Ces avancées ne doivent bien sûr pas nous conduire à sous-estimer les voies d’amélioration. L’Arcom est à cet égard pleinement consciente des difficultés ou interrogations auxquelles certains d’entre vous font face, que ce soit en matière de coûts de diffusion ou encore de planification. Nous savons aussi que le taux d’équipement doit encore progresser dans la population, quels que soient les supports, et qu’il est impératif de développer des outils de mesure de l’audience adaptés. Ce sont ces mêmes questions que se posent ou se sont posés nos voisins européens, qu’on pense à la Suisse, au Royaume-Uni, à l’Allemagne, à la Norvège, à la Belgique, à l’Italie ou encore aux Pays-Bas.

C’est justement pour mener cette importante réflexion que l’Arcom a lancé l’élaboration d’un livre blanc sur l’avenir du média radio en France, une initiative qui associe les acteurs concernés, y compris le ministère de la Culture. Ce document a vocation à dresser un état des lieux le plus complet possible du paysage radiophonique en France, notamment en comparaison avec d’autres pays européens. Il abordera aussi les dynamiques économiques et technologiques du secteur.

Nous finalisons une première version et prévoyons de publier le livre blanc au printemps, avec l’objectif de contribuer utilement au débat et à l’action publique pour construire ensemble la radio de demain, promouvoir ses atouts et l’inscrire dans une dynamique européenne. Et j’ai d’ailleurs eu l’occasion d’aborder l’ensemble de ces questions et notamment celle du déploiement du DAB auprès de la ministre de la culture.  

L’Arcom sera en tout cas toujours à l’écoute et aux côtés des opérateurs, pour défendre la richesse et la spécificité de notre paysage radiophonique, identifier des solutions, relayer vos difficultés et vos attentes. Vous le savez, nous avons plusieurs oreilles, à Paris, en régions, en outre-mer.

Mais le régulateur ne peut pas tout, tout seul – l’inverse serait d’ailleurs inquiétant. Plus que jamais, la radio doit avancer soudée, réunir ses forces et aller chercher les publics là où ils sont pour dessiner collectivement le nouvel horizon de ce média auquel les Français demeurent si attachés. Je vous le dis souvent, non par posture mais parce que c’est une conviction forte : nous devons regarder l’avenir avec confiance et optimisme.

2024 marquera la dernière année de mon mandat à la tête de l’Arcom, mais aussi la dernière année du mandat d’Hervé Godechot, qui, après Nicolas Curien, porte depuis 5 ans maintenant avec détermination et engagement les sujets de la radio et de l’audionumérique au sein de notre collège. L’heure n’est pas encore aux adieux, loin de là, mais c’est, peut-être, pour nous deux le dernier Paris Radio Show en tant que membres du collège de l’Arcom et j’aimerais profiter de l’occasion pour lui tirer un coup de chapeau particulier devant vous pour tout le travail accompli à vos côtés et lui redire ma confiance et mon amitié.

Je vous remercie de votre accueil et de votre écoute et vous souhaite des échanges riches, ouverts et toujours passionnés pour les deux jours à venir.


Frédéric Brulhatour
Brulhatour est le rédacteur en chef du magazine La Lettre Pro de la Radio et le directeur associé... En savoir plus sur cet auteur

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