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Le CNM veut lutter contre les faux streams

Rédigé par le Mercredi 18 Janvier 2023 à 06:25 | modifié le Mercredi 18 Janvier 2023 à 06:25



Après plus de dix-huit mois de travail, le Centre national de la musique dévoile son étude sur la manipulation des écoutes sur les plateformes musicales, et plus précisément sur les streams considérés comme frauduleux, ou faux streams. Elle constitue la première étude au monde sur ce sujet, documentée et concertée.


Etude sur la manipulation des écoutes sur les plateformes de streaming
Etude sur la manipulation des écoutes sur les plateformes de streaming
La manipulation frauduleuse des écoutes en ligne peut être définie comme étant l'augmentation artificielle du nombre d'écoutes ou de vues, par des robots ou personnes physiques, dans le but de générer un revenu, d’améliorer la performance d’un titre dans les palmarès et/ou d'orienter un système de recommandation (playlists, recherche).

L’étude caractérise différents types de manipulations des écoutes sur les plateformes de streaming et pointe certains risques associés. Une forte augmentation du nombre de streams, sans augmentation proportionnelle du nombre d’abonnés payants, entraîne mécaniquement une baisse de la valeur unitaire d’un stream et donc de la rémunération des autres ayants droit. Les consommateurs ont moins confiance dans ce marché pour leurs choix musicaux (impact sur la fiabilité des charts et la pertinence de la recommandation) ainsi que dans les systèmes de sécurité des plateformes et craignent de voir leurs comptes piratés. Au-delà de l’effet sur l’image de l’artiste, les streams frauduleux perturbent les profils algorithmiques des artistes et affaiblissent les taux d'engagement réduisant ainsi la capacité de recommandation d’un artiste en fournissant des informations trompeuses...

Etude sur la manipulation des écoutes sur les plateformes de streaming
Etude sur la manipulation des écoutes sur les plateformes de streaming
À partir des données communiquées par Deezer, Qobuz, Spotify et un panel de distributeur (Universal, Sony, Warner, Believe et Wagram, représentant plus de 90% du top 10 000 Spotify et plus de 75% du volume de streams global réalisé sur Deezer), il a été possible d’établir que la part de streams détectés comme frauduleux en France s’élève entre 1% et 3% en 2021 sur les plateformes de l’étude, ce qui au regard des chiffres marché, représente entre 1 et 3 milliards de streams détectés comme étant frauduleux. Sur Deezer et Spotify, la fraude se situe à plus de 80% au niveau de la longue traine (en dessous du top 10 000), quand sur Qobuz le volume de fraude est davantage concentré sur les titres les plus écoutés.
Les streams détectés pendant la période d’essai des abonnements représentent entre 6 et 13% de la détection sur les plateformes ayant participé à l’étude. La fraude détectée provient majoritairement d’un ordinateur (65% sur Deezer et 31% sur Qobuz) et l’offre Famille concentre 54% des streams frauduleux détectés sur Deezer.

Sur Spotify et Deezer le le hip-hop/rap pointé du doigt

Sur les plateformes Spotify et Deezer, le genre le plus consommé sur le top 10 000, est le hip-hop/rap (plus de 50% sur Spotify et 40% sur Deezer). En termes de répartition, la majorité des streams frauduleux détectés proviennent donc de cette esthétique (respectivement 84,5% et 27,7%). Sur Deezer, la part de faux streams détectés est plus élevée sur les musiques d’ambiance (4,8%) et les titres non musicaux (3,5%). Cette tendance se confirme en observant les données des distributeurs. Sur le top 10 000 Spotify (agrémenté par les données des distributeurs), 96% de la fraude détectée provient de la nouveauté et 93% du catalogue local. La part de streams frauduleux détectés sur les nouvelles sorties locales, s’élève à 0,46%. Sur le top 10 000 Qobuz elle est à 1,18% et 0,75% sur Deezer.

Une nouvelle étude en 2024

Le CNM propose l’élaboration d’une charte interprofessionnelle de prévention et de lutte contre la manipulation des écoutes en ligne. Adopté par les acteurs de la filière de la musique enregistrée, ce document permettrait notamment d’arrêter une définition précise de ces pratiques et de sensibiliser tous les professionnels, jusqu’aux artistes, aux risques juridiques associés à ces manipulations et de formaliser et d’harmoniser des processus d’alerte, ainsi que des sanctions graduées.
Afin de s’assurer de l’adaptation et de l'efficacité des mesures de prévention et de lutte contre les manipulations des écoutes envisagées, le CNM réunira un comité de suivi composé des professionnels impactés par ce phénomène et une nouvelle étude sera réalisée en 2024.
L'étude sur la manipulation des écoutes sur les plateformes de streaming est accessible ICI.


Frédéric Brulhatour
Brulhatour est le rédacteur en chef du magazine La Lettre Pro de la Radio et le directeur associé... En savoir plus sur cet auteur

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