7 scenarii catastrophiques de l’évolution de la radio


Lundi 22 Aout 2022

Diffusion, audience, intelligence artificielle, publicité, engagement… Comment la radio va-t-elle évoluer au cours des 50 prochaines années ? On n’a déjà pas, ou peu, de visibilité pour cette nouvelle saison qui débute alors comment en avoir pour les prochaines décennies ? Et bien ici, on aime les exercices de prospective. Ils permettent de générer, non pas des prophéties, mais des prévisions sur les évolutions futures. Entre possible et impossible, voici 7 scenarii, forcément cataclysmiques, qui concernent la radio de demain.



La fin de la FM, l’échec du DAB, l’envolée de l’IP
S’acheminerait-on vers une diffusion hybride de la radio ? Avec une FM française saturée et dont la qualité sonore ne semble pas non plus séduire le jeune public (habitué à écouter désormais un son numérique au casque) et un DAB qui poursuit son déploiement dans l’indifférence générale du grand public, incontestablement demain, il y aura plusieurs possibilités pour écouter la radio. Une FM moribonde, un DAB brinquebalant et une diffusion IP qui jouera des coudes. Chaque outil a des avantages et des inconvénients. Les deux premiers sont gratuits et anonymes. C’est l’inverse pour le troisième. Ajoutons que la radio sera aussi mise en concurrence dans l’habitacle. La voiture autonome, c’est pour demain. Au lieu d’être attentif au code de la route, on pourra, certes toujours écouter la radio mais aussi regarder un film, lire un livre, dormir... La radio ne sera ainsi plus le seul média de la mobilité…
 
L’IA remplace l’animateur et le journaliste
Parions que demain, le secteur de la radio et de l’audio digital comptera beaucoup moins de salariés qu’aujourd’hui. La machine pourra même remplacer la quasi-totalité du personnel. Elle offre de nombreux avantages : elle n’est jamais fatiguée, n’est pas syndiquée, ne pose jamais de congés, elle est capable de travailler 24 heures sur 24 en optimisant toutes ses tâches. Gageons que ses avantages seront encore plus nombreux demain. Mais comme la Nature a horreur du vide, il y a fort à parier qu’elle aura autant d’inconvénients. "Le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l’humanité (…) Une fois que les hommes auraient développé l’intelligence artificielle, celle-ci décollerait seule, et se redéfinirait de plus en plus (…) Les humains, limités par une lente évolution biologique, ne pourraient pas rivaliser et seraient dépassés" avait déclaré Stephen Hawking. Terrifiant n’est-ce pas ?
 
L’effondrement de l’engagement bénévole dans les A
Au début des années 80, la radio a pu émerger en France, et être ce qu’elle est devenue, grâce au bénévolat. Sans le vouloir vraiment, le bénévolat a permis la naissance, et souvent le succès, de stations qui sont toujours en activité. Rappelons que le bénévolat consiste à mener une activité non rétribuée et librement choisie dans une association sans but lucratif. Force est de constater qu’avec le développement d’Internet (particulièrement des nouveaux services en ligne très chronophages pour l’individu), le bénévole dispose de moins de temps à offrir. On compte toujours plus de 600 radios associatives en France qui fédèrent encore des milliers de bénévoles. Mais depuis le début du Covid-19, l’engagement y semble être beaucoup moins important et les candidats au bénévolat beaucoup moins nombreux. Un sujet d’inquiétude qui pourrait à terme contraindre les radios A à réduire la voilure…
 
L’audience hertzienne poursuit sa baisse
La baisse de l’audience hertzienne de la radio devrait logiquement se poursuivre durant les prochaines saisons. Cette baisse s’explique principalement par l’offre pléthorique (stations, streaming musical, podcasts, VOD…) proposée sur le web, une offre qui entre en concurrence directe avec la radio. Deux interrogations doivent être soulevées : cette baisse va-t-elle s’arrêter ? Et surtout, quel volume d’audience minimum la radio hertzienne peut-elle supporter ? Pour autant, le volume d’audience perdu sur le support hertzien pourrait être proportionnellement regagné sur le support numérique. À condition de s’y faire une place solide et durable. C’est très loin d’être facile vu la féroce concurrence qui règne dans ce monde global qui n’est, pour l’heure, absolument pas régulé. Les radios françaises, comme celles des quatre coins de monde, doivent donc s’attendre à un tassement et à un vieillissement des audiences qui paraissent inéluctables…
 
La publicité bascule vers le tout-numérique
À l’heure où l’individu passe toujours plus de temps sur Internet, c’est autant de temps qu’il ne consacre pas à la radio hertzienne. Gageons que l’audience numérique, ou celle liée à l’audio-numérique, sera de plus en plus importante à l’avenir et devrait poursuivre sa montée en puissance notamment via les Smartphones. Et, si cette audience, strictement numérique, doit encore augmenter, alors les annonceurs devraient y être beaucoup plus sensibles. Ils seront donc plus nombreux à y consacrer un budget. Parmi les territoires qui pourraient générer de plus en plus de chiffre d’affaires : Google, Facebook ou encore Amazon. Les deux premiers permettent déjà d’engager des campagnes de publicité locale. La crainte est loin d’être anecdotique. On peut s’inquiéter car il est vraisemblable qu’un annonceur préfèrera confier son budget à un GAFAM plutôt qu’à un média local…
 
Un piratage massif du réseau de diffusion
Un des constats que l’on peut faire, c’est que l’on a rendu la radio dépendante. Autrement dit, vulnérable. Ces dernières années, plusieurs entreprises du secteur ont d’ailleurs été victimes de piratages massifs suivis de demandes de rançon. Doit-on en faire une nouvelle source d’inquiétude ? Oui. Demain, rien n’empêche d’imaginer qu’une Généraliste ou que les radios d’un même groupe soient confrontées à cette prise d’otage pendant plusieurs minutes, plusieurs heures ou même plusieurs jours… Pour un média, l’indépendance va donc bien au-delà de l’indépendance éditoriale. Ces prochaines années, l’indépendance passera aussi par la diffusion au sens large : stockage des données sensibles, stockage et diffusion des replays, diffusion des flux premium ou complémentaires au programme principal…
 
Les opérateurs priés de payer pour diffuser sur le web
Depuis l’engouement d’internet, plusieurs entreprises se sont approprié les flux des radios. Elles les ont centralisés pour les proposer (gratuitement) aux internautes sans demander quoi que ce soit aux radios. Peut-on imaginer que ces entreprises puissent aller plus loin dans leur démarche en exigeant demain, un ticket d’entrée ou mieux un abonnement mensuel imposé aux radios afin qu’elles puissent continuer à assurer leur présence, leur visibilité et le maintien de leur audience numérique ? Peut-on imaginer que, demain, celles qui paieront le prix fort pourront prioritairement bénéficier d’une meilleure visibilité algorithmique contrairement à celles qui n’en ont pas les moyens et qui seront condamnées à demeurer dans les profondeurs des pages de recherche ? Oui.
 

Si vous souhaitez partager vos prévisions, envoyez-moi un mail à frederic@lalettre.pro .
Brulhatour