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Jeudi 23 Avril 2026 - 05:50

Radio Transat, trente ans sous les tropiques sans faiblir

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Radio Transat vient de souffler ses trente bougies. Dans les Antilles françaises, c'est une longévité rare, presque une anomalie dans un paysage audiovisuel où les stations indépendantes disparaissent ou se fondent dans des groupes nationaux. Derrière ce cap tenu, un homme : Oleg Baccovich, président du groupe depuis 2018, quand il a racheté la radio aux côtés de Jean-Luc Damoiseau, président de la distillerie du même nom. Ancien homme de médias, entrepreneur dans l'âme, il a depuis transformé ce qui n'était qu'une station FM en un groupe multi-plateformes qui pèse sur toute la Caraïbe française. Rencontre avec un bâtisseur qui n'a pas fini de construire.


Radio Transat, trente ans sous les tropiques sans faiblir

Il y a des radios qu'on reconnaît entre mille dès les premières secondes. Transat est de celles-là. Sa couleur musicale reprend bien son slogan « Le Meilleur Cocktail Musique des Caraïbes » — pop, rock, soul and more — et couvre des décennies 80 aux découvertes d’aujourd'hui avec un fil éditorial soigneusement entretenu. "Transat est aujourd'hui le seul réseau indépendant couvrant les îles françaises de la Caraïbe avec une marque, une couleur musicale et une ligne éditoriale clairement identifiables", assène Oleg Baccovich. Ce n'est pas de la modestie inversée. C'est un constat de terrain : depuis le retrait de RTL2 et autres formats similaires des Antilles, Transat est littéralement la seule radio de la zone à occuper ce segment pop-rock élargie à l’ambiance des îles avec une vraie cohérence. L'histoire commence en 1994 à Saint-Barthélemy, à l'initiative de Christian Laporte. La station passe ensuite entre les mains de Patrick Balkany, puis de Marc Laufer, avant qu'Oleg Baccovich et Jean-Luc Damoiseau ne reprennent les rênes en 2018. 

Depuis, sept fréquences FM couvrent Saint-Martin, Saint-Barthélemy, la Guadeloupe, la Martinique, et jusqu'aux petites îles dépendantes, Marie-Galante, La Désirade, Les Saintes, Petite Terre. Un maillage territorial que beaucoup de radios hexagonales pourraient lui envier, et que l'Arcom vient de renouveler en bloc.

60 000 auditeurs et une progression à contre-courant

La dernière vague Médiamétrie/Métridom, publiée fin 2025, a confirmé ce que les équipes observaient sur le terrain. Dans un contexte où plusieurs radios importantes reculent aux Antilles, Transat affiche une progression de 17%. En Guadeloupe et en Martinique, environ 60 000 auditeurs écoutent la station chaque semaine, et près de 80 000 sur un mois. Sur Saint-Martin et Saint-Barthélemy, le dernier sondage disponible la plaçait première radio privée, juste derrière la radio publique.
Oleg Baccovich n'attribue pas ce résultat au hasard. "Transat n'est ni une copie des grands réseaux nationaux, ni une radio locale classique. Nous avons une couleur forte, un ton positif, une ligne claire, et c'est ce qui crée notre résilience", explique-t-il. Dans des territoires souvent perçus comme des marchés annexes par les grands groupes hexagonaux, cette singularité devient une force. Les auditeurs ne trouvent pas ailleurs ce que Transat propose, et ils reviennent.
"Transat n'est ni une copie des grands réseaux nationaux, ni une radio locale classique. Nous avons une couleur forte, un ton positif, une ligne claire, et c'est ce qui crée notre résilience",

Le marché pub, terrain difficile

Le marché publicitaire ultramarin reste nettement plus contraint qu'en métropole. Oleg Baccovich ne l'élude pas : l'extra-local représente moins de 10% du chiffre d'affaires de Transat. Le reste repose essentiellement sur le tissu économique local, avec une répartition équilibrée entre les Îles du Nord d'un côté, la Guadeloupe et la Martinique de l'autre. "Il y a un déficit évident de campagnes nationales, y compris sur des sujets d'utilité publique. Les territoires ultramarins ne devraient pas être les oubliés des grandes campagnes françaises", déplore-t-il.
Depuis 2022, Transat est en régie extra-locale chez Media Outremer. Localement, les partenariats avec RégiDom, Kiwidom et Wy Design structurent la présence commerciale sur le terrain. Malgré une conjoncture difficile sur plusieurs années, la station tient son activité. Preuve qu'une marque bien identifiée et bien implantée conserve de la valeur même quand le vent souffle fort.

De la FM à l'écosystème

Ce qui a changé depuis 2018, c'est l'ambition de l'architecture. Transat n'est plus seulement une radio FM. Oleg Baccovich a construit autour de la station et sa marque un véritable écosystème média : une application mobile qui permet d'écouter la radio depuis n'importe où dans le monde, une présence dans le bouquet Canal+ sur toute la Caraïbe, une diffusion sur TV Caraïbes, et plus récemment STUDIO TRANSAT, TRANSAT IMPACT et TRANSAT MEDIAS. « L'idée est simple : partir d'une marque forte dans son territoire pour la déployer sur plusieurs canaux et plusieurs services pour mieux se développer » résume-t-il. La holding Bacco & Co chapeaute désormais plusieurs entités : New Radio Transat pour le réseau FM, TV Caraïbes pour le bouquet Pay-TV satellite en Antilles-Guyane, et Educa-TV en Afrique. La chaîne Demain Outremer TV est annoncée pour la fin de l'année.
"L'idée est simple : partir d'une marque forte dans son territoire pour la déployer sur plusieurs canaux, toucher les publics autrement, et offrir aux annonceurs une présence plus large et plus moderne"

L'organisation résiliente

Depuis 2023, la structure opérationnelle a évolué. Le siège social reste à Gustavia, à Saint-Barthélemy, un ancrage identitaire fort. Mais la logique de production n'est plus centralisée sur un seul studio. Les équipes sont réparties sur plusieurs îles, ce qui rend le réseau plus souple et moins vulnérable aux aléas. Dans une zone caraïbéenne où les cyclones ne sont pas une hypothèse théorique, cette résilience opérationnelle compte. Transat a toujours traversé les tempêtes. Littéralement. Oleg Baccovich parle d'avenir avec l'énergie d'un fondateur, pas d'un gestionnaire en phase de transmission. Les priorités affichées pour les prochaines années : renforcer le digital, développer de nouveaux formats, faire grandir la marque au-delà de la FM. Des projets de déclinaison et de licence de marque sont en cours, dans la zone caraïbéenne comme en Méditerranée. L'ouverture à des partenariats stratégiques ou à une intégration dans un ensemble plus large n'est pas exclue non plus.
"Je suis entrepreneur : quand un projet crée de la valeur et ouvre un nouveau cap, il doit toujours être regardé sérieusement" conclut-il. Trente ans de construction, une marque qui tient, des fréquences renouvelées, un écosystème digital en développement. Il y a pire comme bilan pour entamer la quatrième décennie.



Philippe Chapot
Fondateur et directeur de la publication de La Lettre Pro de la Radio et du Podcast et de Podcast... En savoir plus sur cet auteur


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