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Belgique : un double baromètre qui sonde la diversité et l'égalité en radio

Rédigé par le Vendredi 5 Mars 2021 à 06:30 | modifié le Vendredi 5 Mars 2021 à 06:30



Le CSA publie les résultats d'un double Baromètre. Le premier dresse un état des lieux de l’égalité et de la diversité dans les programmes des services radiophoniques à la lumière des critères de genre, d’origine, d’âge, de catégorie socio-professionnelle et de handicap. Le second se penche sur la représentation des femmes et des hommes dans la publicité diffusée en radio.



L’étude porte sur dix services radiophoniques : les radios de la RTBF et les radios privées en réseau à couverture communautaire et urbaine. Elle porte sur 4 dates réparties en mai et juin 2019, aux heures de grande audience radiophonique (6h–10h en semaine et 10h–14h le week-end).  2 555 spots publicitaires ont été écoutés. 514 communications commerciales (hors rediffusions) ont été encodées. Cela représente un total de 1009 intervenants.
59.05% des intervenants des communications commerciales sont des hommes et 40.95% sont des femmes. Les femmes sont donc sous-représentées dans la communication commerciale par rapport à la réalité sociale (51% dans la population belge). Il s’agit par ailleurs d’un écart plus marqué que celui mis en exergue dans le baromètre 2017 de la communication commerciale en télévision. On y dénombrait 52.58% d’hommes et 47.42% de femmes.


Des différences quantitatives mais surtout qualitatives

S’il y a des différences quantitatives, ce sont surtout d’importantes différences qualitatives qui s’opèrent dans la représentation des hommes et des femmes, à l’instar de ce que nous avions déjà observé en télévision. Ces différences apparaissent dans les actions ou occupations attribuées aux intervenants masculins et féminins, dans les rôles narratifs qu’ils occupent (narrateur, interprète d’un slogan…), dans les champs lexicaux auxquels ils sont associés, dans les registres de voix qu’ils endossent (voix chaleureuse, solennelle, liée au stress ou à l’émotion, …), dans les types de produits auxquels ils sont associés ou encore dans la manière qu’ils ont d’assumer des rôles parentaux. Enfin, non seulement les femmes sont plus largement associées à des stéréotypes de genre que les hommes, mais en outre les stéréotypes féminins tendent souvent (mais pas systématiquement) à être moins valorisants que les stéréotypes masculins. Ils enferment les femmes dans un spectre de représentations plus limité et moins inspirant que celui des hommes.

Des représentations qui restent "problématiques"

On voit que la publicité tend aujourd’hui encore à assigner des rôles différents aux personnages selon qu’il s’agit d’hommes ou de femmes. Les communications commerciales visant à défier et transgresser ces représentations stéréotypées existent mais elles sont encore peu nombreuses.  
Pour Camille Laville, Chargée de recherches au CSA, "il apparaît essentiel que le monde publicitaire prenne davantage conscience des représentations qu’il diffuse et surtout du rôle qu’il joue auprès du public. En effet, comme nous l’avions déjà indiqué en 2017, la publicité ne se limite pas à influer sur les habitudes de consommation, elle contribue aussi à façonner l’image du monde qui nous entoure. La publicité possède donc une responsabilité sociale et un rôle à jouer dans l’évolution de la société".
Plusieurs initiatives existent déjà à l’échelle nationale et internationale qui se fondent sur ce pouvoir de la publicité pour forger de nouvelles représentations dans la société. Les résultats du présent Baromètre montrent toutefois que des progrès restent à faire et qu’il convient de consolider ces initiatives.

Les femmes sous-représentées  dans les programmes

Les femmes représentent 36.26% des intervenants recensés au sein des programmes des matinales radiophoniques, les hommes 63.69%, les personnes transgenres, travesties ou à l’identité/expression non-binaire 0.05% (hors groupes mixtes). Les femmes sont dès lors sous-représentées par rapport à la réalité sociale. Cette sous-représentation des femmes est un constat formulé dans tous les baromètres. À titre de comparaison, le dernier baromètre des services télévisuels (2017) recensait 34.33% de femmes.
Lorsqu’on analyse la proportion de femmes et d’hommes dans les différentes séquences qui composent les émissions on voit que les séquences qui laissent le plus de place aux femmes sont les interactions avec les auditeurs (interactions indirectes – c’est-à-dire via les réseaux sociaux ou messageries – 55.40% et les interactions directes 43.45%), les habillages d’antenne tels que les voix de jingles (43.93%), les titres, flashs infos (42.12%), les infos insolites (40.67%), les infos service  (40.37%) et les jeux concours (38.13 %).  
En revanche, les séquences qui laissent le moins de place aux femmes sont l’entretien (26.01%), les « chroniques relatives à l’actualité (25.09%), le documentaire (23.30%) ou encore les chroniques ou capsules humoristiques (25.38%), pour reprendre les séquences les plus fréquentes.

Des rôles médiatiques majoritairement masculins

À une exception près tous les rôles médiatiques sont majoritairement masculins. Les femmes sont en effet plus nombreuses que les hommes au sein d’une seule catégorie de rôle médiatique : celui de candidat à un jeu (55.21%).  Les deux rôles médiatiques dans lesquels les femmes sont les moins nombreuses comparativement aux hommes sont ceux d’invité.e politique (21.76%) et d’expert (26.03%). En revanche, dans le rôle discursif de vox populi on recense une proportion plus élevée d’intervenantes féminines (42.38%). Ainsi, les femmes sont moins sollicitées pour leur discours critique, leur savoir que pour leur expérience personnelle, leur témoignage ou leur avis censé refléter la parole du "citoyen ordinaire". S’agissant du rôle d’expert, on relèvera néanmoins que les femmes sont un peu plus nombreuses en radio (26.03%) qu’en télévision (20.56% dans le baromètre 2017) dans ce rôle. C’est l’inverse pour le rôle de journaliste/animateur/chroniqueur : on recense 38.29% de femmes en radio, pour 43.25% dans le Baromètre 2017 des services télévisuels.

Vers une mise en place d’objectifs concrets  ? 

Pour Karim Ibourki, Président du CSA, "il faut désormais s’engager très concrètement dans la voie du changement pour redresser ces tendances de fond qui traversent l’espace des représentations médiatiques. En outre, dans la mesure où la sensibilisation et la dynamique d’émulation ne semblent pas suffire à converger vers d’autres modes de représentation et à engranger des changements vraiment structurels, il convient selon le CSA de se poser la question des initiatives plus contraignantes et recourant à la voie législative et réglementaire". Dans ce contexte, le CSA adresse des recommandations aux éditeurs de services de médias audiovisuels mais aussi aux pouvoirs publics. Par exemple encourager les pouvoirs publics à définir des objectifs concrets quantitatifs et qualitatifs dans la législation en matière d’égalité des genres et de diversité à l’écran ou à l’antenne pour les éditeurs de services de médias audiovisuels, à tout le moins pour tous ceux qui bénéficient d’un financement public...
Tous les résultats sont ICI.
 


Frédéric Brulhatour
Brulhatour est le rédacteur en chef du magazine La Lettre Pro de la Radio et le directeur associé... En savoir plus sur cet auteur

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