Au micro, le tic c'est pas du toc

Jeudi 6 Juillet 2017



"C’est parti", "d’accord", "donc", "un petit peu"… les tics de langage sont nombreux dans la bouche des animateurs et des journalistes devant leur micro. Si vous ne pouvez pas vous en débarrasser, vous pouvez tenter de réduire leur utilisation qui pollue, toujours, vos propos.



 

Généralement, les animateurs et les journalistes, surtout quand ils n’ont rien à dire, surtout quand ils n’ont pas préparé leur intervention ou surtout quand ils débutent dans la profession, sont les premières victimes des tics de langage. Les secondes victimes de cette utilisation abusive d’interjections en tout genre sont, vous l’auriez deviné, les auditeurs.
À coup sûr, celles et ceux qui ne sont pas concernés par ces tics de langage sont des journalistes et des animateurs de grande expérience. Comme il ne s’agit pas de la majorité, voici une liste des principaux tics qui, répétés régulièrement, alourdissent vos propos et brouillent votre message. "Allez, c'est parti".

# 01 "allez" : cette transition doit logiquement encourager l’auditeur. À quoi ? Ben, c'est toute la question. "Allez voici Shakira", "Allez la suite"… Comme les autres tics de langage, c’est lorsque cet "allez" est répété à chaque transition qu’il devient très vite insupportable.

# 02 "c’est parti" : cette expression conclut l’intervention d’un animateur ou d’un journaliste. Complètement inutile puisque celui qui est au micro a déjà effectué son lancement. Il en rajoute inutilement : "Maintenant voici la météo. Allez, c’est parti".

# 03 "d’accord" : adverbe surtout utilisé par les journalistes. Lorsque celui qui est interrogé a terminé sa réponse. Sans le savoir le journaliste abonde dans le sens de l’interviewé. Un tic surtout fréquent chez les journalistes ayant peu d’expérience.

# 04 "donc" : Cette conjonction de coordination se loge partout… Le mérule de la prise de parole, de l’interview, du speak… Il est très amusant de compter le nombre de "donc" dans une intervention. Plus le nombre est élevé, moins l’intervention est préparée.

# 05 "euh" : un classique parmi les classiques. Il marque clairement une hésitation. En fonction de la durée de ce "euh", on mesure le degré d’hésitation. En fonction de sa répétitivité dans la prise de parole, on mesure le manque de préparation.

# 06 "hein" : une interjection utilisée par la jeune génération d’animateurs, en particulier celle évoluant sur des formats musicaux. "Un super hit hein que je vais vous jouer", "On revient très vite hein avec la dernière bombe de David Guetta". Hein ?

# 07 "quoi" : ce pronom interrogatif est placé, non pas, au début mais à la fin d’une phrase. Il n’a alors plus rien d’interrogatif et prouve ainsi son inutilité. Dans une discussion, entre amis,  il passe inaperçu. À la radio, l’auditeur n’entend que lui, quoi !

# 08 "très bien" : cette expression  apparait régulièrement dans les interviews. Celui qui pose les questions se sent dans l’obligation d’ajouter un "très bien" à chaque fin de réponse. L’invité : "… et c’est à ce moment qu’a eu lieu l’accident". Le journaliste : "Très bien… Et est-ce que…".

# 09 "un petit peu" : une expression utilisée habituellement par les journalistes en situation d’infériorité face à leur interlocuteur. "Pouvez-vous nous dire, un petit peu, ce que vous en pensez ?", Ce n’est pas un petit peu dangereux ?". Un animateur : "dans quelques instants, un p’tit peu de musique".

#  10 "voilà" : une préposition généralement utilisée pour terminer un sujet ou pour transiter vers un autre son. "Voilà c’était l’horoscope", "Voilà on va passer à la suite",  "Voilà il est 07h24", Et, juste pour me faire plaisir : "Voilà, très bien, hein donc on va euh... passer un p'tit peu à la suite... Allez, c'est parti quoi ".

Toc toc toc

Dans le désordre, le tic de langage repose toujours sur une mauvaise maitrise du sujet, sur un manque évident de préparation, sur une carence de répartie et de vocabulaire, sur une anxiété naturelle  (le trac) et une appréhension et sur un manque de confiance en soi. N’oubliez pas qu’à partir du moment ou le tic de langage devient maladif, c’est-à-dire régulièrement utilisé par un animateur ou par un journaliste,  il devient intrusif dans l’oreille des auditeurs, avant d’être caricatural et de jeter "un p'tit peu" de discrédit sur la teneur et la forme de l’intervention. Tenter de moins les utiliser est déjà une grande victoire. Voilà quoi.


Frédéric Brulhatour
Brulhatour est le rédacteur en chef du magazine La Lettre Pro de la Radio et le directeur associé... En savoir plus sur cet auteur

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