Pascal Muller (Top Music) : "L’audio n’a jamais été autant consommé à travers le monde"

Rédigé par le Lundi 9 Mars 2020 à 08:00 | modifié le Vendredi 24 Juillet 2020 à [HEURE]


Pascal Muller est le directeur général adjoint de la première radio indépendante en Alsace, Top Music. En novembre dernier, il lançait une série de podcasts natifs. Six mois plus tard, c'est l'heure des bilans. Et ces investissements sur le numérique sont aussi une opportunité pour "s'adresser à d’autres publics que la cible habituelle de l’offre radio"..


De Strasbourg à Mulhouse en passant par Colmar et Sélestat, Pascal Muller développe Top Music

LLPR - En novembre 2019, tu annonçais (lire ICI) vouloir développer le catalogue de podcasts natifs à Top Music. Où en est ton offre aujourd'hui ?
PM -  À ce jour, nous proposons au-delà de notre service replay, une offre forte de 8 podcasts natifs sur des thématiques diverses et variées. En passant par l’économie, l’habitat,  le sport, la mode ou encore une collection de contes pour enfants. L’ADN de notre catalogue étant axé stratégiquement sur la proximité. Nous sommes une marque alsacienne et nous tenons à la développer sur différentes formes à travers notamment ces podcasts natifs. Les sujets ne manquent pas et nous réfléchissions déjà à la suite. Les grands faits divers alsaciens par exemple nourrissent actuellement nos pistes de réflexions pour les prochains mois.

Je crois aussi énormément à l’histoire de notre territoire. Il y a tant de choses à raconter. L’intemporalité de nos épisodes est aussi un axe de développement. Après un certain temps de rodage, force est de constater que l’impact des podcasts qui se consomment dans le temps est plus fort que ceux qui reviennent sur de l’actualité chaude. Nous tirons déjà des enseignements de cette phase 1 pour préparer la suite et affiner notre offre éditoriale.


LLPR - Est-ce que cette nouvelle offre a déjà a déjà permis de développer et d'optimiser le trafic ?
PM -
Techniquement sur les podcasts, nous en sommes encore au stade artisanal. Pour exemple, le site actuel de Top Music n’a pas été conçu en tenant compte de la spécificité des podcasts. L’arrivée imminente de notre nouveau site nous permettra une consommation plus fluide et intuitive de notre catalogue. On rencontre la même problématique avec notre application qui sera profondément remaniée dans les prochains mois en tenant compte de notre nouvelle stratégie. Malgré tout, le trafic se développe progressivement au fil des semaines. Mais, je reste convaincu qu’il nous faudra aussi adapter notre communication. À travers les podcasts natifs, l’idée est d’aller au-delà de la cible historique de Top Music. La plupart de nos podcasts ne s’adresse pas forcément à nos auditeurs. Quand on propose un podcast axé sur l’économie, il nous faut aller chercher les alsaciens en lien avec le sujet traité et de fait, communiquer sur les supports en adéquation avec la cible. Se dire que la promo antenne de notre catalogue se suffit à elle-même est une grossière erreur. Si je produis un podcast axé sur le foot, j’ai plutôt intérêt à réserver un ¼ de page dans le cahier sport de notre quotidien régional plutôt que d’en faire la promotion du matin au soir sur l’antenne d’une radio musicale de divertissement telle que Top Music..
C’est donc toute une stratégie de communication à revoir qui passera forcément par une prise de parole sur d’autres supports que la radio. C’est la condition incontournable pour développer et optimiser le trafic de nos podcasts natifs.

LLPR - Selon toi, où faut-il positionner ces podcasts ? Sur ses propres supports ou sur les plateformes extérieures ?
PM -
Pour moi, c’est très clair. Notre stratégie de podcasts natifs a notamment pour objectif de nous adresser à d’autres publics que la cible habituelle de l’offre radio. De fait, il nous faut exposer notre catalogue au plus grand nombre et au-delà de nos supports. C’est pourquoi nous diffusons notre offre  sur les différentes plateformes d’écoute mais aussi depuis peu, via les enceintes connectées. Il n’y a pas de tabous sur cette question. Une collaboration avec Spotify, Deezer et autres est indispensable pour le développement de nos podcasts. Vouloir faire sans eux est tout simplement utopique. En revanche, sur notre offre de replay, on se limite volontairement à nos supports à savoir, site et application.

LLPR - Le rapport investissements / chiffre d'affaires est-il positif  ?
PM -
On ne va pas se raconter d’histoires. À ce jour le chiffre d’affaires émanant de notre catalogue reste marginal. La question de la monétisation des podcasts se pose dans beaucoup de médias. Pour autant, nous ne sommes qu’au début de l’aventure. Quand on observe ce qui se passe aux États-Unis par exemple, je reste confiant pour la suite. Pour nous, l’idée était avant tout de ne pas rater le coche et d’être présent de suite, avec une offre pertinente.
Je crois aussi beaucoup aux podcasts de marque avec un fort potentiel de développement. À ceux qui dans le secteur de la radio se montrent aujourd’hui plutôt réticents à l’idée de se lancer dans les podcasts, je réponds par ce petit rappel historique. En 1981, ils étaient peu nombreux à imaginer que la radio via la FM, allait générer un jour autant de chiffre d’affaires et pourtant… L’audio n’a jamais été autant consommé à travers le monde. Le podcast s’installera toujours plus dans notre quotidien en nous ouvrant de belles perspectives à condition de ne pas laisser passer le train…

Brulhatour est le rédacteur en chef du magazine La Lettre Pro de la Radio et le directeur associé… En savoir plus sur cet auteur
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