Quand Tchoupi veut faire du journalisme

Rédigé par le Mercredi 27 Septembre 2017 à 07:19 | modifié le Mercredi 27 Septembre 2017 à [HEURE]


Une erreur d'aiguillage et c'est le drame à Radio France : la découverte d'une certaine ironie et d'un relatif cynisme qui caractérisent souvent les rédacteurs en chef. Sauf que dans ce cas, l'affaire de la sélection au planning a trouvé un réel écho dans la presse. Chacun y allant de son commentaire et de sa désapprobation.



À l’occasion de la seconde sélection annuelle du planning de Radio France, qui s’est tenue les 12, 13 et 14 septembre derniers, un jury de 8 rédacteurs en chef (France Inter, franceinfo, France Culture, Mouv’ et 4 de France Bleu) s’est réuni pour examiner les 54 candidatures de journalistes pigistes collaborant déjà à Radio France. Ce jury n'a pas été tendre. Et, c'est en raison d’un "dysfonctionnement" que ses commentaires "individuels et informels" (Radio France évoquant un "langage familier") ont tous été envoyés, par erreur, à l’ensemble des candidats et des rédacteurs en chef concernés. L'histoire aurait pu s'arrêter là.

"Tchoupi fait du journalisme"

"Des commentaires qui n’étaient pas destinés à être rendus publics" précise la SNJ Radio France qui publie quelques exemples savoureux et gratinés :  "Il s'écoute trop et raconte des conneries", "Débit un peu désinvolte et limite poissonnière", "Voici France Bleu Junior. C'est Tchoupi fait du journalisme", "À une voix de vendeur de supermarché", "Il faut peut-être se calmer sur les emphétamines" (sic), "Voix de crécelle, voix nasillarde.... ", "Il serait pas mal en démonstrateur à Auchan ou DJ au Macumba".
"Des dizaines et des dizaines de personnes ont lu ces "appréciations". Comment retourner bosser après ça ? Comment garder un minimum de confiance en soi ? Comment repasser une nouvelle sélection ? Plusieurs pigistes sont laminés. Leurs collègues sont furieux. Le responsable de tout cela s’est-il seulement excusé ?" s'interroge le SNJ Radio France.

Même Nicolas Demorand sur France Inter a exprimé son sentiment: "Ce rire mauvais, ce rire carnassier dit aussi quelque chose de l'époque : la difficulté pour les jeunes d'accéder à l'emploi et surtout le gouffre qui existe entre ceux qui sont installés, protégés, peuvent faire des blagues, et tous les autres qui doivent se taire" a souligné pour sa part Nicolas Demorand sur France Inter.

Réussir le concours à la prochaine session

Ces évaluations professionnelles ont été normalement rédigées pour chaque candidat. Elles devaient être transmises oralement et confidentiellement à chacun d’entre eux et, pour ceux qui ne seraient pas retenus, "les aider à progresser dans le but de réussir le concours à la prochaine session". Cette fois-ci, c'est manqué.
Dans un communiqué, la direction de direction de Radio France explique être "consciente de l’émotion suscitée par le vocabulaire employé dans certains de ces commentaires comme par leur diffusion. Elle présente ses excuses aux candidats qui ont pu se sentir blessés. Elle va prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter qu’une telle erreur se reproduise". C'est-à-dire ?

Brulhatour est le rédacteur en chef du magazine La Lettre Pro de la Radio et le directeur associé… En savoir plus sur cet auteur
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