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Pour les patrons de radios locales et régionales, les régies et les agences médias, ainsi que les acteurs de la mesure d'audience.
C'est fait : Numeris, le Médiamétrie canadien, a adopté en août la méthodologie hybride de StatsRadio. Sous quelle marque : Radio Locale+, lancement en décembre, quatre publications par an sur les treize dernières semaines d'écoute. Le principe, à l'envers des autres : on ne part pas d'un panel auquel on ajoute le streaming, mais des logs d'écoute en ligne, auxquels on applique des ratios FM par tranche d'âge et par tranche horaire. Ce que ça change : un chiffre d'audience quotidien, disponible le lendemain, là où une radio locale française a au mieux une vague par an. Le prix : environ 3 000 dollars canadiens par an pour une station régionale, soit 1 800 euros, la moitié du tarif de l'acteur historique. L'appel du pied : StatsRadio cherche des radios françaises pour tester, données offertes pendant le bêta-test. Il faut ses logs de stream ; le panel serait assuré avec HyperWorld. Le contexte : Médiamétrie prépare son propre modèle hybride 3D pour 2027, avec montre connectée et mesure passive.
Tout part de deux conversations, à moins d'un mois d'intervalle, avec des commerçants de Québec. Le premier appelle pour se plaindre. « Ma campagne publicitaire radio n'a pas fonctionné, de l'argent gaspillé », lui lance-t-il. Louis-Philippe Sutton s'inquiète, demande si les affaires vont mal. La réponse le sidère : « Non non non, on est en train de faire notre meilleur mois de business à vie, mais aucune personne ne me dit qu'ils ont entendu la publicité radio. » Les deux stations choisies étaient pourtant les plus performantes de la région sur ce créneau. Le déclic est là. « C'est à ce moment-là que j'ai réalisé que la radio n'avait pas un problème de performance, mais un problème de perception », raconte-t-il.
Le second client enfonce le clou d'une autre manière. Celui-là a monté sa campagne Facebook lui-même, « jeudi soir avec mon verre de scotch ». Le patron d'agence facturait alors 150 dollars canadiens de l'heure pour faire exactement ce travail. Il comprend d'un coup que le monde a basculé et que la radio, elle, se compare désormais à un univers où l'annonceur reçoit un rapport quotidien à la minute, avec des clics et des vues dont on ne connaît même pas toujours la provenance. Le chantier de sa vie commence là : aider la radio à démontrer ce qu'elle vaut déjà.
Partir de la page blanche
Ces ratios sont ensuite appliqués chaque jour aux logs de streaming récupérés auprès des fournisseurs. La station connaît ainsi, dès le lendemain, son audience de la veille. Les coefficients d'extrapolation, eux, sont rafraîchis une à deux fois par an selon les clients. L'intérêt ne se limite pas à la performance d'une campagne publicitaire : un nouvel animateur, une nouvelle image sonore, et l'on voit bouger la courbe en quelques jours au lieu d'attendre la prochaine vague.
Mesure ou modélisation
« On a entre 5 à 10 fois plus d'échantillonnage numérique que d'échantillonnage non numérique qu'on avait avant »L'objection est facile à formuler et Louis-Philippe Sutton ne la fuit pas. Extrapoler une audience à partir de quelques milliers de sessions de stream, n'est-ce pas davantage de la modélisation que de la mesure ? « Mais en fait, c'est un peu de la modélisation. En fait, toute mesure est une certaine modélisation », concède-t-il aussitôt, avant de retourner l'argument. Les milliers de sondages accumulés ont confirmé l'hypothèse de départ, celle que tout le monde pressentait sans la chiffrer : plus on est jeune, plus on écoute en numérique, plus on est âgé, plus on écoute en hertzien. D'où des ratios par groupe d'âge, précisément pour ne pas pénaliser une radio classique à l'auditoire mûr.
Reste la question de l'échantillon. Sur ce point, il est catégorique : dans chacune des stations avec lesquelles StatsRadio travaille, il y a aujourd'hui davantage d'écoutes en ligne que de personnes appelées ou sondées par carnet. « On a entre 5 à 10 fois plus d'échantillonnage numérique que d'échantillonnage non numérique qu'on avait avant », affirme-t-il. Un rapport de force qui a ouvert la porte à toutes ces petites stations régionales privées de données faute de moyens financiers ou faute d'atteindre la taille de marché minimale exigée.
Huit ans pour convaincre
Combien ça coûte
Les agences avant les radios
« Si on se promenait dans la rue et on allait interviewer des gens pour leur dire quel est le média le plus écouté, possiblement qu'on sortirait TikTok »
Surprise de parcours, l'accueil a été meilleur du côté des agences que du côté des radios elles-mêmes. Logique, à bien y regarder : les régies achètent déjà du numérique au coût par mille, sans currency, et une mesure continue disponible dès le lendemain leur parle immédiatement. Les stations, elles, devaient changer de modèle mental. Louis-Philippe Sutton refuse pourtant de vendre du rêve. « Est-ce que c'est la solution ultime pour la radio ? Je ne pense pas, mais je pense que c'est un pas dans la bonne direction. »
Et de citer un chiffre qui résume tout le paradoxe du média. Au Canada, 80 % de la population écoute la radio chaque semaine, contre 20 % pour Spotify et 20 % pour YouTube. « Si on se promenait dans la rue et on allait interviewer des gens pour leur dire quel est le média le plus écouté, possiblement qu'on sortirait TikTok », observe-t-il. La radio a un problème de perception, il le répète comme un refrain, et StatsRadio ne prétend pas le régler seul.
Le fleuriste de la Gaspésie
Reste l'épineuse question de la validation par une autorité, l'ARCOM en France, un soutien public ailleurs. Là encore, sa réponse détonne. L'essentiel n'est pas le tampon officiel, c'est l'acceptation, celle des annonceurs, des stations et des agences. « Lorsqu'on a lancé StatsRadio, les plateformes numériques Facebook, Google Ads, Spotify, il n'y avait aucune validation, aucune validation nationale et les annonceurs mettent de plus en plus d'argent vers les plateformes. Donc, est-ce qu'on a vraiment besoin d'une validation ? Je me pose la question », glisse-t-il, avant de concéder qu'une validation demeure l'objectif à viser.
"Il faut penser à demain et il faut se donner la chance d'innover. Et l'innovation vient parfaire des choses qui ne sont pas usuelles. »
Que dirait-il, alors, au directeur de radio française qui hésite encore à décrocher son téléphone ? La réponse arrive sans emphase, avec cet accent québécois qui fait tout passer plus simplement. « Ça ne fera pas mal. Simplement, ça ne fera pas mal. Il faut penser à demain et il faut se donner la chance d'innover. Et l'innovation vient parfaire des choses qui ne sont pas usuelles. » Il y a toujours un risque, ajoute-t-il, mais on peut le rendre minime. À condition, prévient-il, que le projet compte vraiment pour celui qui s'y engage : « On va être là pour aider le plus facile et que ça soit le moins douloureux possible. » Rendez-vous est pris, peut-être, du côté des MediaDays Solutions et du Paris Radio Show, où se tiendront les états généraux de la mesure.