Jeudi 19 Mars 2026 05:30

Le mystère des stations de nombres relancé par un signal en persan




Le 28 février 2026, une diffusion en persan sur 7910 kHz a relancé l’attention autour des stations de nombres. Évoqué dans "L’Atelier des médias" sur RFI, ce phénomène radio, étudié par Guillaume Origoni après plus de douze ans d’enquête, interroge sur la persistance des transmissions clandestines en ondes courtes.



Dans l’émission L’Atelier des médias présentée par Steven Jambot sur RFI, le journaliste Guillaume Origoni revient sur un événement radio survenu le 28 février 2026 au soir. Quelques heures après le début des bombardements israélo-américains sur l’Iran, une fréquence s’est animée sur les ondes courtes. Sur 7910 kHz, une transmission a débuté, portée par une voix d’homme égrenant des suites de chiffres en persan.
Ce type de diffusion correspond à ce que l’on appelle une station de nombres. Quelques jours plus tard, en raison d’un brouillage de la fréquence initiale, l’émission a été déplacée sur 7842 kHz.

Baptisée V32, cette station continue de diffuser deux fois par jour, durant plusieurs dizaines de minutes et jusqu’à 1h30. Cette résurgence soulève des questions récurrentes : origine des émissions, nature des messages et identité des destinataires.

Une enquête de plus de douze ans sur les ondes clandestines

Invité de l’émission, Guillaume Origoni publie "Le mystère des stations de nombres" chez Buchet Chastel en février 2026. Ce travail est le fruit d’une enquête s’étalant sur plus de douze ans. Il y retrace l’histoire de ces fréquences clandestines, largement associées aux services de renseignement pour communiquer avec des agents infiltrés. Selon lui, ces usages pourraient perdurer aujourd’hui. Il rappelle que "tout le monde peut les entendre mais en fin de compte personne ne peut savoir quelle est la nature des communications et des messages qui sont échangés et à qui ils s’adressent". Il souligne également que le retour de ces émissions n’est pas isolé, mentionnant une reprise d’activité similaire après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie de Vladimir Poutine en 2022. Cette continuité interroge sur la place de la radio analogique dans des contextes géopolitiques contemporains.

Un chiffrement robuste et une logique analogique persistante

Au-delà de leur diffusion, les stations de nombres reposent sur des systèmes de chiffrement spécifiques. Guillaume Origoni évoque l’utilisation du "one-time pad", ou masque jetable, considéré comme mathématiquement inviolable si la clé n’est utilisée qu’une seule fois. Il précise : "Personne ne peut craquer le message, personne ne peut le décrypter. Les rares fois où cela est arrivé, c’est parce qu’il y a eu une négligence humaine". L’efficacité de ce procédé repose autant sur sa simplicité que sur sa rigueur d’usage. Dans un environnement dominé par les technologies numériques, ces transmissions analogiques présentent des avantages opérationnels. La possession d’un poste radio n’est pas suspecte, contrairement à l’utilisation de logiciels de cryptage. Par ailleurs, en cas de coupure des réseaux numériques, comme cela peut se produire en Iran, les ondes courtes restent un moyen fiable de réception.

Une esthétique sonore singulière dans le paysage audio

L’émission met également en lumière la dimension sonore de ces diffusions. Guillaume Origoni décrit "une froideur qui confine à la rigor mortis. Ces messages n’ont pas d’âme". Cette caractéristique participe à l’identification des stations de nombres dans le paysage audio. Les voix synthétiques, les suites de chiffres et l’absence de contextualisation créent une signature sonore particulière.
Ce phénomène rappelle la persistance de formats non éditorialisés, centrés uniquement sur la transmission d’information codée. À l’heure où les contenus audio se diversifient, ces émissions illustrent une autre facette de la radio : un médium discret, robuste et toujours mobilisé dans des contextes spécifiques.


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Brulhatour est le rédacteur en chef du magazine La Lettre Pro de la Radio et le directeur associé… En savoir plus sur cet auteur

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