Lundi 27 Avril 2026 13:20

La réorganisation des fréquences de Radio France contestée par l’Alliance de la radio




Réunie le 23 avril, l’Alliance de la Radio interpelle la ministre de la Culture sur le projet de réorganisation des fréquences de Radio France présenté le 30 mars. En l’absence de réponse à ses demandes et de concertation, elle dénonce une réforme conduite sans transparence, aux conséquences majeures pour l’équilibre du marché radio.


À l’issue de son conseil d’administration réuni le 23 avril, l’Alliance de la radio a adressé une interpellation solennelle à la ministre de la Culture concernant le projet de réorganisation des fréquences de Radio France, présenté le 30 mars. Malgré un courrier resté sans réponse à ce jour, aucune concertation n’a été engagée. L’organisation souligne que ce silence intervient dans le cadre d’un projet qualifié de reconfiguration majeure du paysage radiophonique, menée "à marche forcée", sans transparence ni évaluation préalable.

L’Alliance de la radio rappelle avoir formulé trois exigences précises. Elle demande la communication immédiate des données et études d’impact de l’Arcom, sollicitées depuis plus d’un an et ayant conduit à ce plan. Elle appelle également à l’arrêt du programme de Mouv’, estimant que son format actuel ne respecte plus son cahier des charges, ainsi qu’à la restitution des fréquences dans le cadre d’un appel aux candidatures organisé dans les plus brefs délais.
Enfin, elle réclame un engagement écrit de plafonnement des ressources publicitaires de Radio France en l’absence de Contrat d’Objectifs et de Moyens. L’Alliance indique qu’elle n’acceptera aucune évolution entraînant une distorsion de concurrence, un recours accru au marché publicitaire ou un affaiblissement du pluralisme radiophonique.


Le calendrier fixé par le ministère est également contesté. Le délai de réponse arrêté au 4 mai est considéré comme intenable. L’Alliance estime qu’une réponse sans éléments d’information précis n’est pas compatible avec un processus de consultation et de concertation. Elle rappelle avoir proposé un délai au 1er juin afin de permettre une analyse approfondie d’un projet aux impacts importants sur le paysage radiophonique et les marchés concernés.

Un risque de déséquilibre concurrentiel

L’Alliance de la Radio dénonce un projet présenté comme unilatéral, susceptible de créer une distorsion de concurrence majeure. Elle souligne que cette réorganisation pourrait être menée à l’avantage de Radio France, sans réaction de l’État. Si l’objectif affiché est économique, elle considère que Radio France pourrait libérer ses fréquences au profit des radios privées, dont plusieurs rencontrent des difficultés de couverture territoriale et d’ancrage local, plutôt que de les réattribuer à d’autres antennes.
Selon l’Alliance, ce "passage en force" reviendrait à faire financer les économies de Radio France par les radios privées, dans un contexte économique déjà fragilisé. Elle alerte également sur l’absence d’encadrement effectif du plafond publicitaire de Radio France, perçue comme une concurrence directe pour des acteurs privés financés exclusivement par la publicité. Cette situation est présentée comme un risque pour l’équilibre économique du secteur et, à terme, pour le pluralisme.


Un enjeu majeur pour un média de masse

L’Alliance rappelle que la radio demeure le premier média de masse en France, avec 3 auditeurs sur 4 et plus de 38 millions d’auditeurs quotidiens. Dans ce contexte, elle estime que le média est aujourd’hui ignoré des pouvoirs publics, malgré son poids dans les usages.
Forte de son unité, l’Alliance de la Radio appelle le Gouvernement à mettre fin à ce qu’elle qualifie de passage en force. Elle demande la mise en place d’un cadre transparent, concerté et équitable, qu’elle considère comme le seul garant du pluralisme et de l’intérêt général dans le secteur de la radio...



Brulhatour est le rédacteur en chef du magazine La Lettre Pro de la Radio et le directeur associé… En savoir plus sur cet auteur

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