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À la page à la plage

Vous avez entre les mains le 113e numéro de La Lettre Pro de la Radio. Et pour ce dernier numéro de la saison 2018-2019, nous restons sur la côte atlantique. Après Bordeaux, en juin dernier, la deuxième étape du RadioTour s’arrête ce 4 juillet à Nantes. Entre ce territoire et la radio, du sommet de la Tour de Bretagne ou les doigts de pied en éventail sur une des nombreuses plages de Loire-Atlantique, c’est une belle histoire d’amour. On vous le prouvera, durant toute une journée, consacrée à la radio de Nantes et de sa région, avec les acteurs de de la radio de Loire-Atlantique et d’au-delà. Juillet marque la fin de la saison. Une saison radiophonique qui s’est déroulée à la vitesse de l’éclair. Que retenir ? Probablement la descente aux enfers d’Europe 1. La station a dépassé le cercle des limbes. Espérons qu’elle atteigne vite le purgatoire pour retrouver le chemin du paradis. On saura le 18 juillet si France Inter préserve son statut de première radio de France ou si RTL a du répondant. C’est à cette date que l’on fera le bilan des 10 mois écoulés. Un bilan toujours non négociable. Le mercato ? Eh bien, le moins que l’on puisse dire, c’est que, hormis le jeu de chaises musicales pour deux ou trois personnalités, la radio ne se risque plus aux grandes manœuvres. C’est plus que jamais le temps de la stabilité. Mais dans cette guerre de la part d’audience, la radio poursuit sa métamorphose. Dans les coulisses, jamais de toute son histoire elle n'avait connu de tels changements. Cette saison l’a encore démontré. Paradoxalement, à l’antenne, la stabilité, encore elle, reste une valeur sûre et rares sont ceux qui osent changer ou tout simplement bousculer les codes. C’est compréhensible, mais c’est dommage.
Bel été et bonnes vacances.

Brulhatour
 


La mutation du modèle de la radio est en marche

STRATEGIE



Lundi 14 Mai 2018


Le consultant Michel Colin conseille de nombreuses radios en France et à l’étranger, accompagne des médias dans leur transformation digitale, forme chaque année des centaines de commerciaux et rencontre de nombreux annonceurs, agences et chercheurs lors de conférences internationales. Quel est donc son regard sur l’évolution du modèle économique des radios françaises ?





 
Michel Colin est un observateur avisé des mutations du média radio.
Michel Colin est un observateur avisé des mutations du média radio.

LLP - Selon les derniers chiffres IREP, la part de marché publicitaire de la radio en France a perdu 2,8 points en 2017. Est-ce une tendance irréversible ?
MC - Non, car dans d’autres pays comme au Royaume-Uni, le marché publicitaire radio croît de 5,8% sur la même période. La France paie son retard technologique. Ailleurs, la monétisation de l’audio online, des réseaux sociaux et des podcasts, la publicité dynamique, l’audimétrie donnent une nouvelle vie au média radio et stimulent les investissements publicitaires.

LLP - Les revenus digitaux peuvent-ils compenser les pertes sur la FM ?
MC - Oui, mais seulement pour les radios qui auront entrepris sans tarder la mutation de leur modèle économique avec une stratégie digitale pertinente. Trop de radios cultivent encore les recettes du passé sans appréhender la réalité du changement des usages, tant chez les auditeurs que du côté des annonceurs. Aujourd’hui, les offres radio + digital permettent de consolider le CA traditionnel et d’assurer la croissance.

LLP - Quelles menaces planent sur les revenus des radios FM ? 
MC - La première menace est interne : c’est l’aveuglement et l’immobilisme des managers qui défendent la radio traditionnelle au lieu d’attaquer frontalement le marché publicitaire digital ! Sur le terrain, l’engouement des annonceurs pour les résultats mesurables sur les réseaux sociaux compliquera de plus en plus le quotidien des commerciaux radio. Les podcasts, les assistants vocaux, la technologie programmatique sont perçus comme des menaces alors qu’il s’agit d’opportunités ! Google vient d’annoncer l’intégration des podcasts dans les résultats des recherches et sur les enceintes connectées. Qui saura en profiter ? 

LLP - Comment les radios peuvent-elles développer des revenus digitaux ?
MC - Il faut sortir du cadre traditionnel et voir les opportunités des nouveaux marchés à conquérir. Le digital est devenu le premier investissement publicitaire en France, devant tous les autres médias, mais la plupart des radios sont restées figées sur un modèle économique obsolète. Le digital ne consiste pas à vendre des bannières que personne ne regarde sur des sites qui n’attirent pas grand monde. Les radios doivent développer des solutions digitales qui complètent l’offre publicitaire classique : audio online, réseaux sociaux, vidéo, brand content, événementiel, marketing direct, datas, push sms, service web, webmarketing… Il faut répondre aux nouvelles attentes des annonceurs. La radio dispose de tous les atouts pour développer une offre bien plus large que les simples spots sur la FM. Chaque radio peut devenir une plateforme de communication audio & cross média.

LLP - Quelles sont les actions prioritaires pour enclencher cette mutation ?
MC - Mieux vaut commencer par la définition d’une stratégie claire, basée sur les modèles de transformation digitale qui ont fait leurs preuves et non sur des improvisations hasardeuses. La direction de la radio sera renforcée par un manager digital aux responsabilités transversales ; marketing, contenus, commercial, digital. 
Les commerciaux doivent devenir des experts marketing créatifs. Leur premier objectif sera de consolider la vente de spots traditionnels tout en développant des recettes additionnelles digitales. Pour exploiter l’eldorado digital, l’étape suivante consistera à construire une véritable web agency intégrée ou en marque blanche comme le font les radios avec les studios de production.
À terme, les médias locaux qui auront survécu seront ceux qui auront absorbé les atouts (et les meilleurs commerciaux) de leurs concurrents, médias et supports en difficulté. Le média local sera global, avec un studio TV, des services de marketing direct, des éditions print, un full service web et des experts en stratégies marketing 360.
François QUAIREL
Journaliste médias à La Lettre Pro de la Radio et Le POD., coordinateur de la rédaction à Paris,... En savoir plus sur cet auteur


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