Toujours plus de quotas ?

Mercredi 23 Septembre 2015



Les députés plancheraient sur un renforcement des règles d'application des quotas pour les nouveautés françaises. Si la loi était votée, ce serait une victoire du SNEP et des éditeurs de musique contre les radios... Ces dernières s'inquiètent de mesures toujours plus restrictives face à la baisse de la production française et la concurrence toujours plus forte des plateformes internet qui ne sont pas régulées. Un danger pour la radio traditionnelle et hertzienne dans une société de plus en plus "uberisée" ?


Illustration © Serge Surpin
Illustration © Serge Surpin
Mauvaise surprise pour les radios : les députés français plancheraient sur un renforcement des règles d'application des quotas de chanson française.
A la clé, une obligation de diversifier le nombre de nouveautés françaises en rotation. Le nouvel amendement stipulerait que les 10 nouveautés les plus jouées ne pourraient représenter plus de 50% du volume des nouvelles productions. Un encouragement à la diversité, oui mais...

Les radios toujours plus remontées

Si l'écoute radio traditionnelle atteint toujours des audiences record en France, les radios tirent la sonnette d'alarme. Les grands réseaux nationaux ont créé il y a un an le collectif "Pour que ma radio reste libre (de diffuser la musique de son choix)" face aux menaces du SNEP. Le syndicat des éditeurs de musique  reproche aux radios des rotations toujours trop fortes et la faible exposition des nouveaux talents. Ce dernier avait déjà obtenu un renforcement des règles des quotas en empêchant de diffuser des morceaux de moins de 2 minutes, et en excluant des quotas les plages horaires très matinales du week-end, traditionnellement faibles en audience.

Les radios renvoient la balle aux éditeurs en soulignant la baisse toujours plus forte de la production française. Elles notent aussi que les jeunes privilégient de plus en plus les nouveaux médias, non soumis aux quotas, notamment les plateformes de streaming comme Spotify, Deezer ou ApplePlay. Dans ce monde digitalisé, l'auditeur est maître de choisir sa musique au lieu de se la faire imposer. Le phénomène se retrouve aussi en télévision avec les plateformes de "replay" et même en radio avec les podcasts.

Même si la radio traditionnelle représente toujours un "mass market" qui draine d'importantes ressources publicitaires (certes en baisse), les opérateurs se sentent de plus en plus comme les vaches à lait de l'industrie musicale. Non seulement elles paient des droits de diffusion élevés mais elles sont désormais les vitrines forcées de la production locale, contraintes par la loi. En comparaison il serait inimaginable qu'un auditeur d'une playlist Spotify se voit interdit d'écouter de la musique anglo-saxonne après un certain nombre de titres joués. La concurrence est désormais sérieuse. Tout comme les taxis contre Uber, ou les hôtels contre AirBnb, le marché se dérégule mécaniquement avec internet et l'essor des smartphones. Certains parleront de concurrence déloyale, d'autres diront simplement que le modèle économique a changé... Quoi qu'il en soit, réguler encore davantage les "anciens" médias semble aller à contre-courant dans ce contexte.

Un encouragement à la radio IP ?

En plein débat sur le numérique terrestre et alors que les opérateurs nationaux s'accrochent au vieux modèle FM, complété par l'écoute IP, est-ce que cette nouvelle mesure est un pavé de plus dans la mare de la RNT ? Ce mode de diffusion, en broadcast hertzien, sera lui aussi soumis aux quotas. Les groupes comme NRJ ont développé en attendant des centaines de webradios pour répondre au besoin de diversité exprimé par les auditeurs. Elles aussi ne sont pas soumises aux quotas car non diffusées en hertzien. Avec trop de régulation, le risque sera peut-être d'encourager à la dérégulation... Pas de danger dans les quelques prochaines années tant la part d'audience reste forte en FM, mais tout va plus vite qu'on ne le croit dans le monde internet, qui de surcroît est dominé par des acteurs étrangers, notamment américains.

La fin de la radio hertzienne serait quoi qu'il en soit la fin d'une certaine forme de radio. Un média de masse, avec du contenu, capable de retransmettre des événements à grande échelle comme en télé. Car les limitations de l'unicast IP sont régulièrement rappelées à notre attention lors d'événements populaires. Récemment la plateforme IP de la BBC, iPlayer, pourtant très aboutie, a "crashé" lors d'un match de cricket.  RTL ne pourrait pas réunir non plus ses millions d'auditeurs quotidiens en unicast IP, et elle serait absente mécaniquement des retransmissions sportives etc. Un environnement en pleine mutation, donc, dont les lois doivent plus que jamais évoluer avec précaution.


Olivier Oddou
Olivier Oddou est le co-fondateur et directeur du site SchooP.fr qui propose depuis 15 ans plus de... En savoir plus sur cet auteur

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