La Lettre Pro de la Radio & des Médias



Pourquoi le retour de la musique sur les stations généralistes est inévitable ?

Mardi 3 Mai 2016



La semaine dernière le dernier 126 000 est sorti présentant la confirmation d’une érosion de l’audience des stations généralistes à tendance talk. Le Directeur général d’Europe 1 annonce, dans un article du Monde, : "Il faut davantage de musique et de divertissement intelligent".


Oui la musique est nécessaire sur nos antennes généralistes. C’est un élément de l’antenne au même titre qu’un flash info, un programme de service ou une émission de divertissement. N’en déplaise aux jusque-boutistes de l’information, la musique a sa place à la radio.
Voyons pourquoi.

La musique fait partie du discours radiophonique

Vous en doutez ? Et pourtant. Un programme radio c’est un ensemble d’éléments que l’on met en forme et ces éléments permettent à l’auditeur de reconnaitre et d’en saisir le sens. Même si l’on ne diffuse pas de titres, l’habillage et le rythme général de l’antenne donnent un son, voire une mélodie qui est votre signature.
Ce discours radiophonique est la marque d’un temps, d’une idéologie. Comme le dit si bien l’un de mes mentors pour faire un bon programme radio il faut "humer l’air du temps". La musique marque de manière encore plus évidente "l’air" ou "l’ère" d’un temps sans mots et sans demander d’effort à l’auditeur.

Nous y voilà ! l’auditeur. Le Saint Grall de tout professionnel de la radio ! C’est lui qui nous fait vivre et nous avons le devoir de bien le connaître. Mais notre tendance à le caricaturer et à l’affubler de sobriquets souvent péjoratifs nous fait souvent passer à côté. Je me rappelle encore ce petit rédacteur en chef qui parlait de "Madame Michu" et qui était en totale opposition avec la réalité. Bah oui ! aujourd’hui la station où il officie a disparu des radars. Mais je m’égare, revenons à notre musique à la radio et à notre très cher auditeur.

La radio talk monopolise l’attention de l’auditeur

La spécificité des stations généralistes à tendance talk est l’écoute attentive ou pas ! Pour conserver l’attention de l’auditeur il est nécessaire de lui donner des temps de répits, ou de réactiver son attention. Sans entrer dans les processus cognitifs des individus, il est bon de rappeler qu’un auditeur ne peut soutenir son attention plus de 10 minutes et qu’au bout de 5 minutes cette attention décroît. Dans les stations talk on va jouer la carte de la réactivation de l’écoute, un jingle, un changement de rythme, etc. Oui, mais le gros risque c’est l’irritation. Et là, c’est le changement de station assuré. La musique a un pouvoir évident : le relâchement de l’attention sans frustration. Elle permet d’aérer le programme.

Il faut réhabiliter la musique d’urgence !

Oui, aérer son programme est une évidence, il faut réhabiliter la musique d’urgence ! Pourquoi s’évertuer à faire des programmes avec des temps de parole qui n’en finissent pas lorsque l’on est conscient que l’auditeur n’est plus vraiment là au bout de 10 minutes ? Certes, les gens sortent et entrent constamment sur un programme, mais si on permet à l’auditeur de faire une pause et de reprendre tranquillement le fil du discours, il ne sera pas frustré d’avoir "raté" quelque chose.

La musique, un élément qui a du sens

La musique ne peut pas uniquement se résumer à une pause dans un programme talk. La pause musicale doit avoir du sens. La musique fait partie intégrante du programme. Elle doit donc adopter une couleur spécifique à la station, en véhiculer ses orientations. C’est en ne "prenant pas de risque" que l’on risque justement d’être en décalage avec le contenu de sa station.
C’est bien là toute la complexité de la programmation musicale sur une station à dominante talk. Construire un programme qui permet à l’auditeur de relâcher son attention tout en continuant à véhiculer les messages de la station.

Gérer un programme musical pour une station de contenu est complexe et l’erreur ne pardonne pas. Face à cette complexité, la tentation est grande de limiter au maximum les pauses musicales, voir, de les supprimer. Cependant, limiter ou supprimer la musique d’une antenne c’est aussi se couper d’une forme de discours complémentaire. Jacques Attali décrit d’ailleurs la musique comme suit : "Toute musique peut être définie comme un bruit mis en forme selon un code supposé connu de l’auditeur. Écouter la musique, c’est recevoir un message".
Alors, on s’y met à cette stratégie de programmation musicale ?

Laure Vignaux
Consultante média numérique, stratégie de communication et stratégie de programmation musicale

Forte de plusieurs années d’expérience dans la programmation musicale et la direction de programmes, Laure intervient aujourd’hui dans l’accompagnement et la formation des responsables d’antennes à la définition de programmes et à la mise en place de stratégie numérique. Titulaire d’une Licence multimédia et d’un Master 2 information et communication spécialisé dans l’analyse des cibles, elle collabore régulièrement à la mise en place de programme pour des stations locales, régionales, nationales (étranger) et l’univers du Web.



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