Lentement, la RNT s’impose comme pilier de l’avenir de la radio numérique

Mercredi 20 Mai 2015




Mercredi 13 mai, se déroulait une table ronde au Sénat, organisée par Catherine Morin-Dessaily, sénatrice et présidente de la Commission de l’éducation, de la culture et de la communication de la Haute Assemblée, sur le thème de la radio. Tout le paysage radiophonique français* était représenté et la grande surprise fut incontestablement la Radio Numérique Terrestre qui s’est littéralement imposée dans cette audition.


Mathieu Quétel © Tristan Paviot
Mathieu Quétel © Tristan Paviot
Catherine Morin-Dessailly a, dans son propos liminaire, immédiatement et clairement évoqué la RNT comme un sujet incontournable, elle a notamment demandé à Patrice Gélinet, président du groupe de travail "radios" au CSA, de bien vouloir expliquer la position de l’Autorité de régulation sur ce sujet et d’en dresser les perspectives d’avenir.
Il y a quelques semaines déjà, Axelle Lemaire, Secrétaire d’Etat chargée du numérique, a montré un très grand intérêt pour la RNT. Elle a même tenu à profiter d’un déplacement officiel, pour visiter Top Music, éditeur régional alsacien, qui émet en RNT à Paris, afin de mieux en comprendre les enjeux.

Les arguments "hors sol" des groupes

C’est un Patrice Gélinet extrêmement affuté qui a interpelé les groupes radiophoniques nationaux tout au long de l’audition, ne manquant pas de leur rappeler leurs multiples contradictions sur le dossier de la RNT et son incompréhension quant à leur attitude. Il a, tour à tour, fustigé leurs critiques sur le coût et l’obsolescence présumés de la RNT alors qu’ils poursuivent leurs émissions sur les Grandes Ondes, "technologie des années 30", hors de prix et dont l’utilité n’est plus prouvée, pointé leurs candidatures en RNT restées sans suite, souligné le rôle du service public qui devrait se lancer en RNT, et rappelé, en réponse à l’un d’eux qui qualifiait les récentes décisions du CSA sur la RNT "d’absurdes", que dans ce cas, "ce sont toutes les décisions du CSA qui sont absurdes, y compris celles visant à vous attribuer des fréquences".

Ce débat sonnait comme une nouvelle étape dans le long chemin de la Radio Numérique Terrestre, en ce sens que les arguments des opposants semblaient "hors sol" et déconnectés de toute réalité à la fois économique et stratégique pour l’avenir de l’industrie radiophonique. Leurs attaques et critiques du projet de la RNT ne convainquent plus que d’une chose : leur manque de conviction quant à l’avenir du média radio.

Quelle place pour les éditeurs face aux géants des télécoms ?

Le Sirti a rappelé les limites de la radio sur IP, notamment le fait qu’elle place les éditeurs dans les mains des opérateurs de télécoms. S’agissant de la proposition de travailler sur une énième nouvelle norme appelée RNT-IP (dont l’expérimentation vient d’être autorisée par le CSA) et  "validée aux Etats-Unis par Verizon", le syndicat des indépendants a rappelé que Verizon est désormais le premier opérateur mobile outre Atlantique, suite au rachat d’AOL pour 4,4 milliards de dollars la veille de l’audition ! Le Syndicat a en outre pointé la situation actuelle de Netflix aux États Unis qui représente déjà, 35% du trafic d’internet aux heures de prime time.
Dans ce contexte, et dans la perspective d’une évolution grandissante des usages, quelle sera demain la place des éditeurs radiophoniques dans ces tuyaux si convoités et contrôlés par quelques acteurs mondiaux ? Le récent débat autour de la neutralité du net et les positions radicales des opérateurs de télécoms sur ce sujet font craindre également pour l’égalité d’accès des éditeurs ainsi que des consommateurs à l’internet. Le "capacity Crunch" d’internet prévu à l’horizon 2023, par des scientifiques britanniques, laisse peu de doutes sur les mesures qui seront mises en œuvre afin d’éviter cette catastrophe.

"L’indépendance nationale" est en jeu

Le Sirti a donc rappelé qu’il ne s’agit pas d’opposer les technologies les unes aux autres, mais bien de les considérer avec leurs avantages et leurs inconvénients tout en étant présents sur chacune d’entre elles. L’avenir de la radio se construira probablement autour d’un mix entre FM, RNT et IP. Mais la RNT est bien incontournable pour les radios car elle permet de contrôler la diffusion et de préserver le modèle économique tout en offrant aux auditeurs une qualité d’écoute inégalée, un anonymat garanti, et la gratuité d’accès aux programmes…
David Assouline a résumé l’ambiance générale en recadrant le débat sur "l’indépendance nationale". La RNT est le seul moyen de diffusion aujourd’hui qui permette à la fois une numérisation de la radio et un maintien de l’indépendance des éditeurs.
Décidément, la perception des enjeux de la RNT semble de plus en plus claire pour beaucoup de décideurs et devient un sujet central de la réflexion sur l’avenir du média radio. On ne peut que s’en féliciter.

Mathieu Quétel, vice-président du Sirti

* Étaient présents pour cette audition : Patrice Gélinet pour le CSA, Emmanuel Boutterin pour le SNRL, Philippe Gault (président), Tarek Mami (secrétaire national), Mathieu Quétel (vice-président) pour le Sirti, Mathieu Gallet pour Radio France, Michel Cacouault (président), Denis Olivennes (Lagardère Active), Christopher Baldelli (RTL Group), Christophe Cornillet (NRJ Group), Guillaume Dubois (NextRadioTV) pour le Bureau de la Radio, Pierre Bellanger pour Skyrock.



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