Emmanuel Rials interpelle Fleur Pellerin

Mercredi 1 Octobre 2014



A la veille du colloque sur l'audiovisuel organisé par le Conseil supérieur de l'audiovisuel, Emmanuel Rials, Président de Oüi FM, vient d'adresser un courrier à Fleur Pellerin, ministre de Culture et de la Communication. Dans ce courrier, que nous avons choisi de publier in extenso, Emmanuel Rials pointe du doigt le déséquilibre concurrentiel sur la FM et évoque les nouveaux modes de diffusion dont la RNT et l'IP.


Madame la Ministre,

 

L’indispensable évolution de la diffusion des radios est une urgence. Reprenant le récent communiqué du SIRTI, vous devrez faire preuve d’audace et de courage pour affronter les conservatismes qui freinent la mutation numérique de notre paysage audiovisuel. A la veille du colloque du CSA que vous inaugurerez "L’audiovisuel : enjeu économique", nous attirons votre attention sur le fait que les diffusions FM, RNT, et Internet de nos radios sont l’enjeu majeur de notre secteur.


La diffusion des radios en FM

La FM est le principal mode de diffusion des radios depuis plus de trente ans. Pourtant, les radios indépendantes telles OÜI FM, souffrent d’un incroyable déséquilibre concurrentiel par rapport aux géants audiovisuels internationaux qui se sont développés en France en obtenant la quasi totalité de la ressource hertzienne FM disponible. Aujourd’hui, le pluralisme et la diversité de notre paysage sont gravement menacés.

Le Gouvernement doit prendre conscience de la dynamique et du succès de nos radios indépendantes. Nos centaines de PME offrent des programmes de qualité, de proximité, proches de leurs publics, et attirent plus de 10 millions d’auditeurs chaque jour ; elles ont plus que jamais besoin de l’attention des pouvoirs publics afin de poursuivre leur légitime développement. Il est urgent de procéder à un rééquilibrage dans l’accès aux fréquences FM, en attribuant les dernières ressources FM aux radios indépendantes qui attendent depuis trop longtemps.


La diffusion des radios en DAB+ (RNT)

Le 20 juin dernier, le CSA autorisait enfin le début de la diffusion en RNT sur les zones de Paris, Marseille et Nice. Quelques 100 jours plus tard, les éditeurs indépendants ont massivement répondu présents puisque 96 programmes, dont 55 nouveaux programmes sur zone, sont déjà proposés aux auditeurs, venant ainsi apporter une offre nouvelle en radio (dont OÜI FM, Radio LiFE, et OÜI COLLECTOR pour notre groupe). Des programmes existants ont pu développer leurs zones de couverture, des radios peuvent émettre à temps plein sur leurs bassins historiques et des éditeurs nouveaux exclusifs en RNT ont fait leur apparition. Il s’agit d’un enrichissement de l’offre de radios gratuites unique en son genre. La RNT est en phase avec son époque : son accès est gratuit et anonyme pour les auditeurs, sa qualité sonore est un véritable progrès, elle fabrique de l'emploi, elle favorise la diversité culturelle, et elle replace la France au cœur des révolutions technologiques. 

Pourtant, les nouveaux appels aux candidatures sur toute la France ne sont pas encore lancés, les multinationales privées du Bureau de la Radio ne cessent de s’opposer au lancement de la RNT en France pour conserver leur monopole publicitaire, et Radio France ne dispose toujours pas du feu vert de sa tutelle pour lancer sa révolution numérique hertzienne. Il est vrai que notre pays est un habitué du genre ; en son temps, l’opérateur téléphonique monopolistique s’opposait à l’arrivée d’Internet en imposant son Minitel, et les radios généralistes refusaient le développement de la FM…

La France doit cesser de priver ses citoyens de l’offre fabuleusement riche de la RNT. Les fabricants de récepteurs RNT n’attendent que votre impulsion d’un lancement national pour permettre aux français de disposer  dans leurs magasins favoris des récepteurs utilisés partout en Europe. Songez qu’un tiers de notre population dispose de moins de dix programmes radio sur sa zone. Il est urgent d’intervenir.


La diffusion des radios sur Internet (IP)

OÜI FM est précurseur de la diffusion de ses émissions sur Internet en France (lancées en 1997, simultanément avec Fun Radio). Avec plus de 17 années d’expérience en la matière, force est de constater que le résultat n’est pas à la hauteur des espérances : 17 ans pour seulement 12% de l’écoute de toutes les radios via Internet… pas de quoi pavoiser ! La performance est telle qu’aucune radio exclusivement diffusée sur Internet n’apparait dans le classement Médiamétrie.

Pour autant, la diffusion radio via Internet est un vecteur de croissance, si lent soit-il, et un complément indispensable à la diffusion hertzienne. Pour accroitre sa part d’audience, populariser son écoute à grande échelle, il est indispensable de simplifier son accès pour les auditeurs. Aujourd’hui encore, ceux-ci doivent jongler entre les milliers d’applis radios et leurs sites, ainsi que les centaines d’applis « tuner » d’écoute des radios (TuneIN, IndésRadios, DirectRadio, RadioFR,…) ; une jungle incompréhensible pour la majorité des auditeurs. Les Anglais et les Belges, à l’initiative du service public (BBC et RTBF) l’ont compris bien avant nous, et disposent d’une entrée unique pour toutes leurs radios au plus grand bénéfice des auditeurs. La voiture, lieu emblématique de l’écoute de la radio, mériterait ainsi disposer d’un unique bouton « radios » qui permettrait l’accès à toutes les radios (IP, FM, RNT, réunis en un même emplacement). A l’instar de nos voisins européens, Radio France serait bien inspiré de fédérer ainsi toutes les radios françaises sur un player unique, plutôt que de participer à leur division avec DirectRadio qui n’est pas plus représentatif que les autres applis de la richesse du paysage radiophonique. L’offre radio doit être simple et exhaustive.

 

Madame la Ministre, il est temps de corriger ces erreurs stratégiques, et permettre enfin aux françaises et aux français de profiter librement de toutes leurs radios, quelque soit le mode de diffusion, en équité, sans distinction de territoires et de pouvoir d’achat : il est urgent de rééquilibrer l’accès aux fréquences en attribuant les dernières ressources FM aux radios indépendantes, de déployer la RNT gratuite et accessible à tous sur tout le territoire, et fédérer l’offre des radios diffusées sur Internet sur un player unique à l’initiative du service public.

 

Restant à votre disposition,

Je vous prie d’accepter, Madame la Ministre, l’expression de ma haute considération.

Emmanuel RIALS, Président



Philippe Chapot
Fondateur et directeur de la publication de La Lettre Pro de la Radio et des Médias, Philippe... En savoir plus sur cet auteur

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